Ça continue !
Par Thierry le vendredi, 7 mai 2010, 18:00 - Carnet de route - Lien permanent
Le 7 mai 2009 la commission SAFER* de Bourgogne nous attribuait la ferme qui est maintenant devenue notre lieu de vie : quel bilan en tirer après un an ?
Sur le plan professionnel, l'exploitation se met en place doucement. J'aurai bien envie de dire "trop doucement", mais comment faire la part des choses ?Si l'on se réfère au PDE* que nous avons élaboré avant le début des hostilités, il faut bien admettre que nous sommes déjà hors des clous. Ce qui peut inquiéter à juste titre, puisque le dit PDE est justement là pour donner une vision économique de l'avenir du projet. Mais, avec le recul, j'estime que le notre ne prenait pas en compte 2 éléments fondamentaux : la maison d'habitation et l'état de délabrement de l'exploitation.
La maison d'habitation ne faisant pas partie "techniquement" de l'exploitation, il est tout à fait normal qu'il n'en ait pas été tenu compte lors de l'étude. Les candidats à l'installation doivent néanmoins avoir à l'esprit que la situation familiale (enfants en bas-âge ou à naître, rénovation ou construction de la maison d'habitation, déplacements importants) influe fortement sur les disponibilités et les ressources (financières mais aussi physiques) que l'on pourra consacrer à l'exploitation. Car, contrairement à ce qui se passe sur le papier, devenir son propre patron implique forcément la disparition des frontières entre sa vie personnelle et sa vie professionnelle...
De la même manière, en ce qui concerne l'influence de l'état initial de l'exploitation (terrains inexploitables, bâtiments sans eau ni électricité) sur le développement des activités fermières, nous aurions dû être plus vigilant. En effet, à force de chercher à chiffrer des investissements et des résultats, on oublie quelque peu qu'il faut du temps et une certaine chronologie pour faire les choses.
Par exemple, si vous voulez remplacer une friche par une prairie, il vous faudra tout d'abord vous débarrasser des végétaux, à commencer par les ronces, puis les arbres et, pour finir, les souches. Ces travaux nécessitent bien sûr des outils différents mais surtout, il ne peuvent pas se faire n'importe quand (pour utiliser un tracteur ou un tracto-pelle, il faut que le sol soit portant). Ensuite, il vous faudra attendre le printemps, ou mieux, l'automne, pour travailler le sol et semer votre prairie. Et quelques mois plus tard, vous aurez peut-être de l'herbe...
Pareillement, si vous souhaitez équiper un bâtiment, il vaut mieux commencer par distribuer l'eau et l'électricité. Ce qui implique de faire des tranchés dans la cour. Du coup, il peut être intéressant d'essayer de trouver comment pouvoir fournir 100m3 d'eau sur une semaine (soit l'équivalent d'un an de consommation d'une famille !) à votre zone de maraîchage. Le tout sans rendre la dite cour inutilisable...
Concrètement, nous aurons très certainement un an de retard sur nos prévisions, mais nous pouvons le supporter. Le plus important, à mon sens, c'est que nos organismes arrivent à endurer la rudesse de ce nouveau mode de vie (si l'on omet quelques tendinites persistantes :-) !). Et que nous sommes même assez fier de nos premiers travaux agricoles !
Sur le plan humain, les choses se mettent en place tout aussi doucement.
Au niveau du voisinage, tout se passe au mieux. La région est restée suffisamment rurale pour conserver une certaine chaleur humaine, alors que son dynamisme nous permet quand même de nous fondre dans le décor. Nous bénéficions aussi d'un tissu économique encore très adapté à notre profession et d'une politique des pays très orientée sur le bio et la vente directe.
Bien que nous n'ayons pas encore spécialement cherché à trouver des clients, puisque nous n'avons toujours rien à vendre, nous avons eu quelques contacts qui nous ont rassurés. La clientèle existe et si nous arrivons à répondre à ses attentes tout en respectant nos engagements, nous ne devrions pas avoir de problèmes pour écouler notre marchandise.
Reste notre petite famille, qui continue à chercher ses marques au milieu de l'urgence et qui peine à maintenir son cap dans la mouvance d'un quotidien peuplé de nouveautés. Notre énergie physique et mentale est souvent mise à mal mais notre cohésion familiale nous évite d'exploser...
* : Sociétés d'Aménagement Foncier et d'Établissement Rural (SAFER). Les SAFER sont des organismes d'intervention sur le marché foncier rural dont la mission est de contribuer à l'amélioration des structures foncières du secteur agricole.
* : Plan de Développement de l'Exploitation. Dossier que certain pourraient dénommer "business plan", qui décrit l'évolution financière de l'exploitation et qui permet de convaincre vos partenaires financiers de soutenir votre projet.