Bilan 2009
Par Thierry le vendredi, 29 janvier 2010, 18:00 - Carnet de route - Lien permanent
Quel meilleur moment que le mois de janvier pour faire le bilan de l'année passée et dresser des plans pour l'année à venir ? Pourtant, l'exercice n'est pas facile, car il doit être impartial alors que les sautes d'humeurs font pencher la bouteille du vide au plein - et inversement - un peu trop fréquemment à mon gout en ce moment.
Pourtant, aucun regrets : nous sommes toujours totalement conscient de l'énorme chance que nous avons eu d'obtenir cette ancienne ferme. Et nous sommes tout aussi conscient de l'état dans laquelle nous l'avons eu, et des efforts que nous allons devoir fournir pour qu'elle retrouve son éclat d'antan.
Assurément, l'exercice n'est pas facile car nous manquons cruellement d'expérience dans un demi-milliers de domaines (gestion d'entreprise/vente, agronomie/travail du sol, culture/conservation des végétaux, élevage/transformation, machinisme/soudure, etc.) mais le plus important n'est-il pas d'apprendre ?
(Même s'il est plus valorisant de dire à ses voisins "j'ai fait 80 quintaux"* que "j'ai compris pourquoi il ne faut pas passer la herse-étrille n'importe quand"** ;-D !)
Pour être honnête, nous souffrons quand même du regard des autres - même si celui-ci est le plus souvent bienveillant, au pire indifférent - car nous nous sentons bien seul dans notre combat pour préparer l'avenir. Mais cela n'est pas la cause principale de nos sautes d'humeur.
En fait, nous sommes physiquement et mentalement exténués.
Naturellement, nous n'errons pas, du matin jusqu'au soir, l'œil hagard, à travers la maison. Nous sommes encore capable de vaquer à nos occupations, au combien variées, mais nous n'avons plus la réserve d'énergie qui permet d'encaisser les contrariétés sans réagir de manière disproportionnée.
La goutte d'eau qui nous a saturé, si j'omets nos problèmes familiaux qui n'intéressent personne mais qui mettent nos nerfs à rude épreuve et qui grève notre budget temps de manière conséquente, c'est le froid. Quand la température extérieure avoisine les -10°C, ce qui arrive un peu trop fréquemment à mon gout cet hiver, nous sommes obligés d'alimenter le poêle régulièrement pendant la nuit pour empêcher que celle de la cuisine ne descende en-dessous de 12°C.
À ce stade, vous cumulez la fatigue liée au manque de sommeil avec celle résultant des efforts de votre organisme pour lutter contre le froid, ce qui érode rapidement vos réserves. Les travaux quotidiens vous épuisent alors immédiatement et vous ne supportez plus rien. Ce qui est peut-être mal vécu par le chien, qui n'a toujours pas compris qu'il ne doit pas déchiqueter tout ce qu'il arrive à attraper, ou par les chats, qui sont capables de vous débarrasser une table en une seule course-poursuite, mais surtout par les autres membres de la famille...
Du coup, le reste n'a pas beaucoup d'importance. Évidemment, d'ici début mars, il va falloir :
- semer les céréales de l'année, ce qui sous-entend labourer, herser ou disquer suivant ce qui fonctionnera le mieux, et semer (à la main sauf si j'arrive à trouver un semoir d'ici là),
- commencer les semis maraichers, d'où la création d'une pépinière (espace protégé du froid mais à la lumière, pour entreposer nos pots de semis) et la nécessité de terminer le montage des tunnels,
- préparer la naissance des cabris, en construisant un enclos digne de ce nom dans lequel nous pourrons soigner et nourrir "correctement" les chèvres et leurs petits,
- et, pour Laurence, suivre la formation obligatoire sur l'élevage du poulet de bresse, soit quelques jours de cours, un stage d'une dizaine de jours et un nouveau dossier à réaliser...
Il serait bien, aussi, que :
- je tire une ligne triphasé jusqu'aux points stratégiques des bâtiments d'exploitation,
- que nous entreposions correctement meubles, vêtements et autres babioles qui prennent encore l'humidité dans les étables,
- que je m'organise un atelier pour les travaux "professionnels",
- que nous construisions un vrai bureau pour pouvoir accéder à toutes les documentations techniques collectées au cours du temps,
et j'en passe.
Pas sûr que nous arriverons à faire tout ça dans les temps....
* Dans notre région, obtenir 80 quintaux (8 tonnes) de blé par hectare correspond à une bonne maitrise (et une bonne année).
(En conventionnel, bien sûr. En bio, réussir 40 quintaux est déjà un bel exploit)** La herse-étrille est un outil composé de tiges d'acier (de l'épaisseur d'un crayon) montées sur ressorts, que l'on tire derrière le tracteur pour désherber. Le but du jeu est d'arracher la mauvaise herbe sans toucher à la plante cultivée, ce qui est beaucoup plus aventureux que d'épandre un désherbant...
Commentaires
Nous sommes solidaires, et pensons à vous quotidiennement.
Ca vous fait une belle jambe, mais c'est déjà çà...
Et tjs autant de plaisir à te lire : tu pourras te reconvertir... par manque de temps, ce sera plutôt pour une vie ultérieure !
Espoir : on a jamais été aussi proche du printemps, le climat va se réchauffer.
A bientôt,
Thierry
Chers amis,
Vous êtes très courageux et j'admire beaucoup votre démarche. J'aimerais vous insuffler un peu de mon énergie pour aller vers les beaux jours.
Avec toute mon amitié,
Marie-Claire
Bonjour à vous 2 !
Effectivement, les beaux jours se rapprochent même s'il faut quand même se méfier du mois de février. En tout cas, merci pour votre soutien.
Au delà de la fatigue, il est bon d'être "rassuré" et de se savoir "accompagné". J'essaye de m'impliquer dans le monde bio (syndicat) mais, comme vous le savez tout les 2, notre démarche va plus loin et, bien que les personnes impliquées dans la bio aient de bonnes préoccupations, elles n'ont pas la même vision que nous...
Mais l'important reste de pouvoir agir ;-) !