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Nouveau monde

Qu'on en soit conscient ou non, qu'on l'admette ou non, la pression que nous exerçons sur notre environnement est telle que nous dégradons notre biosphère de manière irréversible.

Les lois de la physique étant prédominantes sur celles des hommes, nous commençons déjà à subir un dérèglement climatique qu'il va nous falloir affronter avec des ressources par habitant en chute libre.

Le temps des atermoiements ayant tellement duré, nous devons maintenant improviser la mise en place d'un mode de vie soutenable. Incroyable défi que nous sommes obligés de réussir en moins d'une génération si nous voulons donner une petite chance de survie à notre espèce. Alors permettons-nous toutes les utopies, rêvons, imaginons, inventons, mais regroupons-nous et n'arrêtons plus de travailler à ce nouveau monde.

samedi, 10 octobre 2015

COP 21 (messages aux AMAPiens)

[extrait du courrier du 30/08/2015]

Bonjour à toutes et à tous, [...]

En attendant, puisque l'année 2015 semble très très bien partie pour devenir la plus chaude jamais enregistrée, et que nous sommes maintenant à moins de 100 jours du début de la COP21, il me semblerait pertinent de faire un petit état des lieux de la transformation en cours de notre planète. Peut-être à partir de la semaine prochaine ? [...]


[extrait du courrier du 06/09/2015]

Bonjour à toutes et à tous, [...]

Le rafraîchissement de cette semaine nous rappelle que, malgré la sécheresse et la canicule passées, la France n'est pas trop mal lotie (et que je ne dois donc pas trop me plaindre !), comme le montre les prévisions saisonnières de Météo-France ci-dessous :


Figure 2 : Probabilité d'anomalies de température prévues pour le trimestre prochain (septembre-octobre-novembre) par la moyenne des modèles de l'ensemble EUROSIP (Météo-France, Centre Européen de Prévision Météorologique à Moyen Terme, Met Office, National Centers for Environmental Prediction). Du bleu clair au bleu foncé, les zones où les températures devraient être inférieures à la normale. Du jaune au rouge, celles où elles devraient être supérieures à la normale. En blanc, les zones où aucun scénario chaud ou froid ne prédomine (le scénario normal prédomine ou les 3 scénarios sont équiprobables).

Il est fréquent de signaler que les pays en développement seront les premiers touchés par les caprices du climat mais je pense qu'il n'est pas inutile de rappeler que, pour une fois, nous sommes tous égaux face aux retombés planétaires de ces changements.

Je vous ai parlé, il y a déjà quelques semaines, du problème de la sécheresse en Californie et des risques de feu de forêts. Cet état de 424 000 km² (soit les 2/3 de la France) pour 39 millions d'habitants (densité de 92 hab/km² contre 99 pour la France) a vu partir en fumé cette année 29 000 km² (soit la surface de la Bourgogne) et est encore loin de maîtriser les incendies en cours (voir Le Monde : Californie : l'armée appelée en renfort pour combattre les incendies).

Mais la sécheresse n'entraîne pas que des feux de forêts. En se rétractant, le sol commence par occasionner des fissures aux habitations (comme cette année en Côte d'Or) puis, quand les eaux souterraines ont été trop pompées, il s'affaisse, entraînant avec lui les infrastructures comme les routes, autoroutes .... (voir Futura-Sciences : Sécheresse en Californie : les affaissements du sol s'accélèrent)

De quoi motiver un certain intérêt pour la conférence de Paris... [...]


[extrait du courrier du 13/09/2015]

Bonjour à toutes et à tous, [...]

Pour revenir à l'actualité, comme je vous le disais la semaine dernière, la sécheresse ne provoque pas que des feux de forêts1). Un manque d'eau chronique modifie aussi durablement la structure du sol, et son affaissement est d'autant plus préjudiciable à nos infrastructures que celles-ci sont nombreuses.

Mais même si l'augmentation de la température n'entraîne pas une redéfinition locale du cycle des précipitations, quelques degrés supplémentaires font toute la différence entre un sol gelé et de la boue.

Et, là encore, je ne vous parle pas d'une lointaine contrée comme la Sibérie, puisque la chaleur agit déjà en profondeur à toutes les latitudes, comme le montre le délitement de nos jeunes Alpes, bien de chez nous.

"Depuis vingt ans le dégel du permafrost qui lie les Alpes provoque une multiplication des écroulements, et 2015 devrait être une année record."
(Le Monde : Les Alpes menacées par le réchauffement climatique)

Il est donc, à mon sens, plus que temps de faire un point sur la situation, surtout que l'approche de la COP21 va vous permettre de compléter les informations - forcément partiales - que je vous donne.

Commençons donc en douceur en répondant à cette première question :

Au fait, qu'est-ce que la COP 21 ?

  • COP 21 : 21ème session de la Conference Of the Parties

Avec l'augmentation de la fréquence des sécheresses (notamment celle de 1988 en Europe et aux Etats-Unis), les dirigeants mondiaux ont profité du Sommet de la Terre2) de Rio (1992) pour créer la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) dont les pays signataires se rencontrent annuellement depuis 1995.

195 à l'heure actuelle, les pays signataires décident de ce qui peut être fait pour réduire le réchauffement global et faire face à toute hausse inévitable des températures. Ces pourparlers politiques s'appuient sur les travaux du GIEC pour avoir une vue d'ensemble scientifique de la situation.

L'idée de base est que si l'on parvient à contenir le réchauffement en deçà de 2°C (nous avons déjà dépassé les 0,8°C !), nous aurions 50% de chance que le système se stabilise et que notre nouvel environnement soit encore viable pour nos sociétés modernes.

La COP est l'organe suprême de la CCNUCC et c'est à lui que nous devons le protocole de Kyoto. Sa 21e session aura lieu du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris, en France.

[...]

1) J'actualise mes informations puisqu'un nouveau feu s'est déclaré il y a quelques jours : la Californie a déjà perdu cette année plus de 74 000 km2 de forêts, soit plus de 17% de la superficie de son territoire...
Lire Le Monde : "Californie : un nouvel incendie ravage des milliers d'hectares"

2) Les sommets de la Terre sont des rencontres décennales entre dirigeants mondiaux organisées depuis 1972 par l'ONU


[extrait du courrier du 20/09/2015]

Bonjour à toutes et à tous,

Gros coup de vent et pluies abondantes cette semaine. Heureusement, pas de grêle, ce qui a sauvé les courges d'hiver.

Quelques dégâts, des arbres étêtés, des voiles arrachés, une porte métallique à redresser, la palissade de concombres couchée et d'autres légumes assez secoués (comme les choux frisés). Cependant les tunnels ont tenu bon. Encore du temps et de l'énergie à investir pour restaurer notre outil de travail mais d'autres ont subi bien pire.

Dégâts causés par une tornade en Charente Maritime mercredi dernier :
Dégâts causés par une tornade
Voir Sud-Ouest

Ces épisodes extrêmes étant liés aux températures des mers et des océans, comme tous les modèles de prévision saisonnière prévoient sur cette fin d'année un phénomène El Niño1) fort, il n'est pas improbable que cet hiver soit chahuté...

Comme nous l'avons vu la semaine dernière, ce sont les événements climatiques anormaux qui ont entraîné, en 1992, la création de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, dont la première conférence (COP 1) a eu lieu en 1995.

Mais, quelques temps auparavant, en 1988, le GIEC avait commencé ses travaux et les gaz à effet de serre étaient déjà montrés du doigt (je reviendrai la semaine prochaine sur le GIEC et le côté scientifique du réchauffement climatique)...

Avec le recul, surtout sur le constat d'impuissance actuel, il est indéniable que la réactivité de l'époque était dans le bon tempo puisque c'est la COP 3 qui, en décembre 1997 à Kyoto (Japon), a mis sur pied le protocole qui visait à réduire d'au moins 5 %, par rapport au niveau de 1990 et à l'échéance 2008/2012, les émissions mondiales de 6 gaz à effet de serre : dioxyde de carbone, méthane, protoxyde d'azote et trois substituts des chlorofluorocarbones.

Prise de conscience en 1992, COP1 en 1995, protocole de Kyoto2) en 1997 avec des objectifs de -5% entre 2008 et 2012 : les premières années sont pleines d'ardeurs...

Malheureusement, nos émissions étant directement liées à notre consommation, les propositions des délégués de la convention-cadre des nations unies se sont rapidement heurtées aux réalités de notre monde moderne. Finalement, après de nombreuses tergiversations (les USA - les plus gros émetteurs de l'époque - avaient signé le protocole mais ne l'ont jamais ratifié), le protocole n'est entré en vigueur qu'en 2005 !

Faut-il préciser que, fin 2012, les émissions mondiales n'avaient pas diminuées de 5% mais avaient augmentées de 50%3) ?

Il faut quand même dire que les pays émergeants (Brésil, Inde, Chine, etc) ont rejoins entre temps notre niveau de "développement", faisant passer les consommateurs d'un petit milliard à plus de 3 !

Les pourparlers n'ont bien entendu pas cessé depuis 1997, essayant de répondre aux résistances des uns et des autres, cherchant à inclure les nouveaux émetteurs, mais l'échec de la COP 15 de Copenhague (Danemark, 2009) a signé l'arrêt de mort du protocole contraignant de Kyoto, qui n'a plus jamais évolué depuis.

À l'heure actuel, le seul "engagement" des 195 pays participants aux négociations, est de rendre leur feuille de route pour limiter le réchauffement climatique à 2°C, étant entendu que chacun utilise les références d'émissions qui l'arrange et que, quoi qu'elle dise, cette feuille de route ne pourra pas être considérée comme un engagement.

Et il est encore loin d'être évident que tout le monde la rende : lire Avant la COP21, quels sont les engagements des Etats pour le climat ? (Le Monde)...

[...]

1) L'expression El Niño (signifiant "l'Enfant Jésus" en espagnol) était utilisé à l'origine par les pêcheurs le long des côtes de l'Équateur et du Pérou et s'appliquait à un courant océanique chaud qui apparaît habituellement au moment de Noël pour ne disparaître que quelques mois plus tard. Les poissons sont alors moins abondants pendant ces intervalles chauds, et les pêcheurs souvent en profitent pour réparer leur équipement de pêche et rester avec leurs familles. Certaines années, cependant, l'eau est particulièrement chaude, et l'arrêt de la saison de pêche s'éternise jusqu'à mai ou quelquefois juin. Avec le temps, l'utilisation de l'expression "El Niño" a été réservée à ces intervalles exceptionnellement chauds et marqués, qui non seulement perturbent les vies de ces pêcheurs sud-américains, mais également, apportent des pluies intenses.
(lire ifre mer : El Niño)

2) Cet accord international, bâti sur la convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, met en place des objectifs légalement contraignants et des délais pour réduire les émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés.
(lire CCNUCC : Le protocole de Kyoto)

3) Voir les données fournies par le ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, page 16 : Repères - Chiffres clés du Climat édition 2013.


[extrait du courrier du 27/09/2015]

Bonjour à toutes et à tous,

Maintenant que nous avons un aperçu de la face politique - ou, devrais-je plutôt dire, humaine - du réchauffement climatique, il est temps de se pencher du côté de la face scientifique.

Et je tiens tout d'abord à insister sur le terme "scientifique".

Dans nos vies d'adultes, nous sommes principalement confrontés à un monde empirique. Que l'on parle d'éducation, de santé, des performances de sa conduite automobile, voir (et surtout !) d'économie, il y a autant d'avis que de personnes ! Et tout le monde peut prétendre avoir raison. Mais, si vous avez encore quelques souvenirs de votre scolarité, il existe des matières - comme les maths, la physique, la chimie - où l'on peut démontrer la véracité de ses affirmations.

Ces sciences dites "exactes", pour bien les différencier des écoles de pensées, ne sont pas figées et peuvent évoluer dans le temps, mais elles ont le gros avantages d'être "démontrables". C'est pourquoi les scientifiques ont mis au point une méthodologie qui leur permet de faire progresser leur domaine en se mettant à l'abri des erreurs : c'est la soumission à l'évaluation par leurs pairs (autrement dit, par les personnes travaillant dans le même domaine).

Pour donner un exemple de raisonnement scientifique, dans cette vidéo, Wolfgang Cramer, directeur scientifique adjoint de l'Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie marine et continentale, explique que les conséquences du changement climatique sur la biodiversité seront « quasiment irréversibles ».
Le réchauffement climatique met la biodiversité en péril

Cette démarche permet à toute personne - et j'insiste sur le terme "toute", en rappelant qu'Einstein n'était qu'un employé de l'office des brevets de Berne quand il a publié sa théorie de la relativité restreinte en 1905 - qui pense pouvoir faire avancer la science, de publier ses travaux (dans des revues spécialisées, pas chez Arlequin !) pour permettre aux autres scientifiques de refaire les expériences et les calculs afin de vérifier les nouveaux apports.

Si ce travail d'auto-censure est très efficace pour repérer rapidement les divagations pseudo-scientifiques, il ne permet pas au néophyte d'y comprendre grand chose. C'est pourquoi, en novembre 1988 et à la demande du G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Canada, Italie), il fut décidé de créer un organisme dédié à la seule synthèse de toutes les connaissances en rapport avec l'évolution du climat.

Cet organisme, c'est le GIEC (Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat, IPCC - Intergovernmental Panel on Climate Change - en anglais).

Scénarios d'émissions et de réchauffement (GIEC - 2007)

Scénarios du GIEC
(voir IPCC)

Son rôle est d'établir régulièrement une expertise collective scientifique sur le changement climatique, sous forme de 3 rapports : "Les éléments scientifiques", "Conséquences, adaptation, et vulnérabilité" et "L'atténuation du changement climatique" (accessibles ici).

Cerise sur le gâteau, pour être vraiment sûr que les rapports sont impartiaux, le GIEC dépend de 2 organismes de l'ONU : l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Ceci implique que le processus met en réseau des milliers de contributeurs et relecteurs bénévoles en provenance des 195 pays participants à l'ONU !

Concrètement, cela signifie que les rapports majeures (comme les "résumés pour décideurs") sont validés mot à mot en réunion plénière, par un vote des délégations gouvernementales où chaque voix à le même poids. Et il est clair que certaines délégations viennent de pays qui ne souhaitent pas entendre parler du réchauffement climatique !

Si l'on ajoute que les calculs ne prennent pas en compte toutes les émissions (par exemples, celles des transports maritimes et aériens, ou celles liées au dégel du permafrost1)), il est impossible de les qualifier de "catastrophistes" (ils sont plutôt, à mon sens, édulcorés).

Pour conclure, en regroupant les informations en provenance des COP que nous avons vu la semaine dernière (augmentation de 50% des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990) et les scénarios tirés des rapports du GIEC (affichés ci-dessus), on ne peut que constater nous arrivons encore à surprendre les scientifiques du monde entier, puisque notre trajectoire actuelle est au-delà des pires prévisions !

[...]

1) Le permafrost (ou pergélisol) est un terme géologique qui désigne un sol dont la température se maintient en dessous de 0°C pendant plus de deux ans consécutifs. Celui qui nous intéresse concerne l'Alaska et la Sibérie (entre autres), et contient d'énormes quantités de matière organique essentiellement composée de carbone et de méthane. Le processus de dégel contribue à libérer des milliards de tonnes de méthane dans l'atmosphère.
(lire Sciences&Avenir : Climat : des scientifiques alertent sur le dégel du permafrost)


[extrait du courrier du 04/10/2015]

Bonjour à toutes et à tous,

Je suis sûr que vous attendez tous avec impatience la dernière partie de ma prose sur le climat : 2°C de plus, qu'est-ce que ça change pour mon petit confort ?

J'espère que vous nous tiendrez donc pas trop rigueur de reporter ça à la prochaine fois ! En effet, avec l'approche de la fin de saison, vous êtes un certain nombre à vous interroger sur la suite des événements et il semble temps d'en parler. [...]


[extrait du courrier du 11/10/2015]

Bonjour à toutes et à tous, [...]

Au delà des péripéties de la ferme, nous espérons participer avec vous à la diffusion des problématiques environnementales qui s'invitent dans notre quotidien un peu plus chaque jour.

D'où la question de base : 2°C de plus, qu'est-ce que ça change pour mon petit confort ?

Je pourrais commencer par prendre comme exemple les différents événements survenue ces dernières semaines en France pour étayer mes propos, mais mes souvenirs de lycée sont clairs : des exemples ne font pas une démonstration.

Je vais donc essayer de respecter une certaine cohérence et prendre du recul. Avant de nous intéresser à "mon petit confort", qui concerne mon carré de jardin, commençons par nous intéresser au "2°C de plus", qui concerne notre planète.

Car la première chose à bien comprendre, c'est que les 2°C concernent la température moyenne atmosphérique de la planète ENTIÈRE.

Au premier abord, il peut sembler difficile de faire une moyenne à partir de tous les thermomètres du globe, mais ce n'est pas la méthode employée. De la même manière que l'on arrive à calculer des distances sans utiliser de double décimètre (et les différents engins que l'on a envoyés à la rencontre de corps célestes nous montrent que nous ne sommes pas trop mauvais à ce jeu là), il est possible d'obtenir une température sans thermomètre.

Évidemment, obtenir la température d'une étoile (même de notre soleil), ou celle de notre Terre mais il y a quelques centaines de milliers d'années, demande l'intervention de différentes sciences que je ne maîtrise pas et qu'il me serait de toute façon impossible de vous décrire dans ce message. Les lecteurs motivés pourront aller lire cette page de vulgarisation (dans laquelle j'ai récupéré le graphique ci-dessous) du site de Jean-Marc Jancovici (polytechnicien spécialisé dans les bilans carbones), ou consulter ces explications beaucoup plus fournies de Pierre-André Bourque, professeur à l'Université Laval au Canada.

Température de l'Antarctique au cours du temps

Evolution, sur les 400.000 dernières années, de la température moyenne de l'Antarctique. Le 0 de l'axe vertical de droite correspond à la valeur actuelle (cette courbe montre donc les écarts à la valeur actuelle). Cette variation de température est légèrement plus élevée que celle de la planète dans son ensemble. Source : Petit & al., Nature, Juin 1999
Attention ! cette courbe se lit à l'envers : plus on va vers la droite, plus on remonte dans le temps. Le fait que les oscillations soient plus importantes à gauche (donc récemment) tient à la meilleure précision des mesures quand on se rapproche de l'époque contemporaine.

Le graphique ci-dessus montre que notre planète est soumise à des cycles dits de "glaciation" qui dépendent, en première approche, de la position de la Terre par rapport au soleil. Les pics de ce graphique nous montre qu'il existe des variations "violentes" (augmentation de 8°C sur 10 000 ans) de la température environ tous les 100 000 ans.

A l'échelle "humaine" (partie gauche du graphique), on peut voir que nos lointains ancêtres ont effectivement fréquenté les mammouths laineux, il y a environ 20 000 avant notre ère. Dois-je rappeler que l'environnement glacé de l'époque ne permettait aucunes agricultures et que l'humanité était composée de nomades cueilleurs-chasseurs, même si ceux-ci disposaient des mêmes capacités physiques que nous...

En ce moment, ce n'est pas la déformation de l'orbite terrestre au cours des âges qui entre en jeux, mais le deuxième facteur par ordre d'importance : la composition de l'atmosphère terrestre.

Comme le montre ce document du Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l'Environnement de l'Observatoire des Sciences de l'Univers de Grenoble (http://lgge.osug.fr/), il y a une correspondance totale entre les gaz à effets de serre contenu par notre atmosphère et la température de celle-ci.

La problématique est maintenant bien connue, et le consensus semblait atteint avec l'accord de Kyoto puisque celui-ci cherchait à limiter lesdits rejets. Malheureusement, nos émissions explosent et nous sommes sur la route des +4°C pour la fin du siècle.

Autrement dit, nous avons déclenché un changement d'ère climatique qui va transformer notre planète d'une façon aussi radicale que le passage d'une ère glaciaire à une ère interglaciaire, mais sur une échelle de temps de quelques dizaines d'années (de 2015 à 2100) et non de plusieurs millénaires.

Ce qui risque d'impacter assez sérieusement mon petit confort, comme nous le verrons par la suite... [...]


[extrait du courrier du 17/10/2015]

Bonjour à toutes et à tous,

À l'approche de la COP 21, de plus en plus d'articles traitant du réchauffement climatique sont publiés, ce qui me permet d'en profiter pour enrichir ce message et vous proposer d'autres sources de lecture que ma prose personnelle.

Pour faire le point sur ce que nous avons déjà survolé, je vous signale que je récapitule mes différents messages sur notre blog (celui de Butine, pas celui des Butineurs ;) !), histoire de rester cohérent dans mon cheminement. Mais, surtout, puisque nous avons déjà abordé le côté scientifique de la question, je vous invite à lire cet article qui répond aux critiques habituelles sur le sujet : Climat : les erreurs du M. Météo de France 2 (Le Monde).

Puisque nous avons commencé à faire le tour des conséquences de ce phénomène, je vous invite aussi à "feuilleter" ce visuel interactif qui regroupe une douzaine de reportages autour de la planète. Il y a de très belle images et c'est très agréable à lire (tout au moins sur un écran classique) même si le chargement peut être parfois un peu laborieux en Bresse, voir à Granges (lol) : Portraits d'un monde ébranlé par le changement climatique (Le Monde)

Notre monde change, c'est indéniable. Mais peut-être, comme le M. Météo de France 2 le pense, ne sera-t-il pas désagréable d'avoir quelques degrés de plus en hiver ? Pourquoi tout voir en noir et ne pas croire qu'il sortira quelque chose de bon de tout ça ?

Ce qui est clair, c'est que l'histoire de notre planète nous a donnés quelques notions sur les périodes glaciaires, mais rien sur les périodes chaudes. Par contre, ce que nous savons, c'est que le réchauffement climatique que nous avons démarré possède une très forte inertie.

Autrement dit, même si nous arrêtons, ce jour, tous nos rejets, le réchauffement se poursuivra encore un bon moment. Au moins pour 2 raisons. La première, parce que les gaz à effet de serre ont malheureusement une durée de vie très longue, d'une centaine d'année pour le méthane (CH4) à plusieurs millénaires (1000 ans pour le gaz carbonique, CO2). Ensuite, parce que ce n'est pas l'atmosphère mais les océans qui absorbent et stockent l'énergie calorique, à plus de 90%, comme l'eau des radiateurs qui réchauffent votre habitation.

Il y a donc une forte irréversibilité, au moins à notre échelle, à émettre des gaz à effet de serre. Et le faire en conscience, comme le propose M. Météo, se rapproche plus de l'acte foi que de l'optimisme.

Mais surtout, comme le montre régulièrement les événements climatiques, la nature ne suit pas docilement les courbes réalisées par les scientifiques. De la même manière que l'eau de la casserole ne monte pas tranquillement en température mais se met subitement à bouillir à gros bouillons, ou qu'un élastique ne se tend pas indéfiniment mais fini par se rompre, il existe des seuils violents plus ou moins irréversibles.

Nous avons déjà parlé du pergélisol (sol gelé en permanence, permafrost en anglais) de la région arctique qui, en dégelant, libère les tonnes de méthane - provenant de la décomposition des animaux et des végétaux - piégés depuis la nuit des temps par le froid.

Comme le montre cette vidéo, les scientifiques n'avaient pas prévu un dégel aussi précoce dans leurs scénarios. Les quantités de gaz à effet de serre en jeu sont tellement considérables qu'ils estiment qu'il faut revoir le calendrier de réduction de nos émissions avant le point de non retour à partir duquel nous ne maîtriserons plus rien...

Cette vidéo est malheureusement en anglais et, même si les images parlent d'elles-même, je vous invite à lire le texte (en français !) d'où elle est tirée : Réchauffement climatique et dégel du permafrost : la plus grave menace de l'humanité (L'OBS).

Mais la disparition de la calotte glaciaire aura d'autres conséquences.

Comme la modification de son albédo (l'albédo est le pouvoir réfléchissant d'une surface) qui, en passant de 1 à 0 (du blanc de la neige au bleu foncé des océans), indiquera que le pôle absorbe à plein la chaleur de soleil au lieu de la réfléchir.

Il me faut aussi parler des courants marins qui, comme je le signale au début de ce message, redistribuent la chaleur. Ces courants ont des mouvements qui sont très liés à la rotation de la Terre (force de Coriolis) et à la disposition des continents, ce qui, je vous rassure, ne devrait pas changer dans l'immédiat.

Par contre, leurs circulations se font aussi suivant l'axe vertical. et c'est la différence de salinité entre les masses d'eau qui explique que l'une plonge en-dessous de l'autre.

Le courant qui nous concerne le plus, le Gulf stream, est prépondérant dans le climat quotidien de l'Europe (et de la côte est des USA). Or, celui-ci transite par les eaux froides et douces (donc très peu salées) du pôle nord. Du coup, si la calotte glaciaire disparaît, il est indéniable que ce courant en sera affecté d'une manière irréversible, comme le sera nos saisons.

Mais là, certains risquent de me traiter de catastrophiste, comme si le fait d'énoncer à quelqu'un les différents désagréments qu'il connaîtra en vieillissant (myopie, surdité, perte de tonicité musculaire, incontinence, décalcification, etc) transformait un médecin en imposteur. [...]


[extrait du courrier du 25/10/2015]

Bonjour à toutes et à tous,

Nous voilà quasiment à la fin de notre petite escapade sur le climat.

J'espère ne pas avoir été trop rébarbatif dans la description des organismes internationaux qui travaillent sur le sujet, qu'ils soient politiques ou scientifiques. J'espère aussi - et surtout - avoir réussi à vous transmettre le plus clairement possible le message que les chercheurs du monde entier diffusent maintenant depuis plus de 25 ans.

Une fois ces éléments du décor en place, la vision du futur que chacun construit ne peut être que personnelle et les propos que je vais maintenant tenir, même si j'estime ne pas jouer au visionnaire, sont, de fait, discutables. Cependant, je n'irai pas jusqu'à utiliser le conditionnel dans ma formulation puisque ce que je vais décrire ici est déjà en train de se produire.

Quelles vont donc être, selon moi, les conséquences "immédiates" d'un changement d'ère climatique "fulgurant" sur nos vies ?

Comme vous le savez déjà, les conséquences les plus flagrantes proviennent de l'augmentation de la vapeur d'eau dans l'atmosphère. Une température plus élevée entraîne plus d'évaporation, ce qui entraîne forcément plus de précipitations.

Malheureusement, les fluides que sont l'eau et l'air ne se déplacent pas à la même vitesse. Et ils ne transmettent pas l'énergie de la même manière. Ce qui explique tous les événements météorologiques violents (pluies, grêles, inondations, tempêtes, etc) comme les actualités nous le montrent de plus en plus régulièrement.

Les qualifier d'exceptionnels ou non n'est qu'un point de vue statistique.

Une autre conséquence, moins visible mais pourtant bien connue, de l'augmentation de la température, réside dans le déplacement des aires climatiques. Qui n'a entendu parlé de la surmortalité des ours blancs qui se trouvent acculés par la disparition de leur niche biologique.

Ce qui vaut pour les animaux vaut pour les végétaux, à la différence que ces derniers ne se déplacent pas à la même vitesse. Imaginer replanter nos forêts avec des espèces mieux adaptées suppose de connaître les nouvelles conditions, ce qui est impossible tant que la température varie. Et je ne tiens déjà plus compte de la première conséquence que nous venons d'évoquer (redéfinition locale du cycle des précipitations), cause de la mort prématurée de bien des arbres, comme nous le rappelle la Californie.

Ce que l'on perçoit beaucoup moins, par contre, concerne le déplacement des nuisibles. Les agriculteurs sont déjà confrontés à la remontée des insectes qui, non seulement étendent leurs zones de nuisance, mais pullulent littéralement parce que la diminution des périodes froides leur permet d'augmenter le nombre de générations successives dans l'année.

Par exemple, la pyrale (papillon nocturnes principal ravageur du maïs) atteint régulièrement 2 générations en France mais l'espèce est déjà capable d'atteindre les 4 générations aux USA.

Le plus inquiétant, me semble-t-il, provient du déplacement des vecteurs infectieux. Quand j'ai commencé à me renseigner sur les conséquences du réchauffement, en 2003, la maladie de la langue bleue - maladie originaire d'Afrique touchant les ruminants et dénommée fièvre catarrhale ovine dans nos contrées - était déjà présente en Corse depuis le début du siècle.

En 2006, les moucherons piqueurs transmettant le virus se sont implantés au Pays-Bas, plaque tournante de biens des marchés, au gré du transports d'animaux, provoquant une crise sanitaire internationale de plusieurs années. Nos climats ne leur étant plus fatales, ils font maintenant partis de notre faune, ce qui explique la réapparition de la maladie cette année dans l'Allier.

Dans le même ordre d'idée, le moustique tigre, qui transmet la dengue et le chikungunya, est implanté en France depuis 2004 (et a colonisé la Saône et Loire l'an dernier). Il a déjà fait des apparitions à Paris, lieu de passage s'il en est, alors qu'en 2010, 2013 et 2014, plusieurs cas autochtones (autrement dit, qui ne venaient pas de l'extérieur) de dengue et de chikungunya ont été détectés en France métropolitaine...

Pour finir, penchons-nous vers notre besoin quotidien : la nourriture.

Dans notre monde actuel de surconsommation globalisée, où l'on trouve à manger de tout (que cela soit des produits frais - locaux ou des antipodes - ou des produits transformés et enrichis), partout et tous les jours de l'année, il est difficile de ne pas voir la nourriture comme une ressource quelconque.

Pourtant, il y a une différence de taille. Contrairement à l'extraction d'un minerai ou d'une énergie fossile, où l'on peut interrompre le processus pour le reprendre ultérieurement sans encombres, tout arrêt dans la culture d'une céréale comme le blé, le riz ou le maïs (les 3 céréales à la base de l'alimentation humaine), mais aussi la grande majorité des légumes et des fruits, fait perdre la totalité de la récolte.

Et ces cultures se prolongent sur bien des mois et ne sont possibles qu'une fois par an. Si certains peuvent imaginer combattre les nuisibles (insectes, rats, moisissures) à coup de produits chimiques radicaux, que faire contre la grêle, la canicule, les inondations, les tornades...

Nos générations n'ont pas connues de famines, même si certains de nos parents ont connus la faim et les privations, mais il suffit d'une année ou deux de mauvaises récoltes pour générer une situation de manque catastrophique. Évidemment, le commerce mondial compense actuellement les pénuries, mais l'histoire montre qu'en cas de crise importante - et je pense que le réchauffement en est une - il y a toujours un fort repli identitaire qui n'est jamais bon pour le commerce... [...]


[extrait du courrier du 01/11/2015]

Bonjour à toutes et à tous,

N'étant pas du genre à soulever des problèmes sans essayer de leurs trouver des réponses, j'avais prévu de terminer mes messages sur le réchauffement climatique par l'énumération d'un certain nombre d'actions possibles.

Il y a, naturellement, mille et une façons de (ré)agir à la situation, par des actes individuels ou collectifs, quotidiens ou exceptionnels, personnels ou publics.

Cependant, au vu de vos réactions et de vos questionnements, il me semble important de marquer une pause et de vous laisser poursuivre vos réflexions sans plus d'interférences de ma part.

Je laisse donc aux médias (par exemple 21 mots pour comprendre la COP21) le soin de poursuivre ce travail d'information sur le sujet le plus important de notre génération (et des suivantes !), travail pour lequel j'ai pris beaucoup de plaisir à partager avec vous. [...]


[extrait du courrier du 08/11/2015]

Bonjour à toutes et à tous,

Bon, je sais, j'avais promis d'arrêter pour la saison mais avec le temps estival du week-end, on a presqu'envie de glaçons, voir d'eau fraîche :)

Josh Haner
Rivière de fonte au Groenland. © Josh Haner.

De plus les images sont si impressionnantes (visualisez tout le document !) - et c'est un article du célèbre The New York Times - que, même sans parler anglais, cela mérite vraiment de prendre 2 minutes : Fonte du Groenland. [...]

dimanche, 12 juillet 2015

Climat 2015

Si l'on sait que cette aventure a commencé à cause de la canicule de 2003, quoi de plus normal que de faire le point pendant la canicule de 2015 ? Surtout que c'est cette année que la France accueille la COP 21* !

Comment a donc évolué le monde depuis 2003 ?

Le premier constat que l'on peut faire concerne l'évolution du climat : celle-ci est en totale adéquation avec les prévisions du GIEC*, sauf peut-être sur le rythme qui semble être bien plus rapide que prévu.

Mais qu'importe les détails. Quand on parle d'un changement d'ère climatique, il parait bien dérisoire de chercher à les déterminer. Cela revient, face à une avalanche, à chercher à découvrir comment évolue en chaque point la température et la masse de la neige qui se précipite vers vous.

Concentrons-nous plutôt sur les moyens mis en œuvre pour éviter, atténuer et se protéger du phénomène, même si, là aussi, le constat est rapide.

En 2003, les lignes bougeaient. Oh, pas très vite, mais l'espoir existait. La prise de conscience avait eu lieu en 1992, au sommet de la terre de Rio, et le protocole de Kyoto - qui devait mettre en place des mécanismes contraignant de réduction des émissions des gaz à effet de serre - avait été signé fin 1997.

Malgré bien des réticences et des atermoiements, 13 ans après Rio, le protocole entrait en vigueur début 2005, même si c'était sans les USA, les plus gros émetteurs . À partir de ce moment là, la balance a oscillé régulièrement, parfois entrainée par l'écologie, parfois par l'économie. Mais, au fur et à mesure que le nombre de pollueurs augmentaient, les choses se compliquaient et le fragile assemblage a commencé à se déliter.

Le protocole est mort de sa belle mort en 2012 et, aujourd'hui, la seule ambition de la COP 21 est de réussir à obtenir que chaque pays donne la feuille de route qu'il souhaite suivre pour limiter le réchauffement climatique à 2°C.

Étant entendu que chacun utilise les références d'émissions qui l'arrange et que, quoi qu'elle dise, cette feuille de route ne pourra pas être considérée comme un engagement...

Mais peut-on blâmer les politiciens quand leurs électeurs ne réclament qu'une seule chose : plus de pouvoir d'achat ?

Or, le pouvoir d'achat ne peut croitre que si la croissance croît. Autrement dit, tant que notre premier objectif sera d'augmenter notre consommation, nous continuerons d'augmenter nos dégradations.

Au bout de 25 ans, il est clair que les arguments scientifiques n'ont pas réussi à déclencher une prise de conscience citoyenne salvatrice. Et nous en sommes réduit à demander aux religieux de prendre le relais. Un comble pour un phénomène aussi cartésien...

Et notre projet, que devient-il depuis 2003 ?

Pour être précis, nous n'avions pas de projet en 2003. L'inquiétude de l'époque a simplement entraîné des interrogations qui ont, petit à petit, amené à une prise de conscience.

Ensuite, différents modes d'actions ont été essayé, repensé, amélioré, jusqu'en 2007 où nous avons fini par décider qu'il fallait forcément passer à la vitesse supérieure. Nous avons donc abandonné maison et boulot pour essayer de réaliser le projet qui, à notre niveau, nous semblait le plus apte à protéger l'avenir de nos enfants.

Là encore, malgré l'urgence de la situation, les choses prennent du temps.

Il nous aura fallu 2 ans pour nous former et obtenir une ferme, malheureusement dévastée par 18 ans d'abandon. Mais qu'espérer de mieux ?

Après 6 années, nous vivons toujours dans une maison faite de bric et de broc, les exigences de la ferme ne nous laissant guère le loisir de l'améliorer. Heureusement, nos 3 enfants ont pris leur envol entre temps.

6 ans qui nous auront permis de repousser quelque peu l'étreinte des arbres qui entourent la ferme, de mettre en place la culture de quelques céréales et de nombreux légumes, d'accueillir et de faire vivre notre petit troupeau de chèvres (qui permet à Laurence de fabriquer ses si délicieux fromages) et d'installer nos poules pondeuses.

Le tout en bio, évidemment.

Malheureusement, comme le prouve l'évolution du monde, construire une ferme bio est totalement à contre-courant. Aussi bien au niveau technique - travail naturel artisanal et manuel contre spécialisation mécano-chimique - qu'au niveau économique : les consommateurs consacrent de moins en moins d'argent à la nourriture et sont plus intéressés par les prix que par le respect des meilleurs pratiques environnementales qui soient.

Au final, cela veut dire que, si vous n'avez pas la chance d'être soutenu par un public militant, vous ne pourrez pas vivre de vos modes de production engagés.

Heureusement, le mouvement des AMAP (Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne) est construit pour donner de la visibilité au producteur grâce au partenariat producteur/consommateur. Mais, là encore, le passage des années n'a pas l'air d'être accompagné par une prise de conscience militante...

* COP 21 : 21ème session de la Conference of the Parties (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques)
* GIEC : Groupe Intergouvernemental d'Experts sur l'évolution du Climat (a pour mandat d’évaluer, sans parti pris et de manière méthodique et objective, l’information scientifique, technique et socio-économique disponible en rapport avec la question du changement du climat : changements climatiques 2007 - rapport de synthèse)

dimanche, 4 janvier 2015

La vérité est ailleurs

Comme je l'ai expliqué dans mon billet précédent (Nouvelle étape), notre projet de vie semble se construire sur des périodes qui durent environ 5 ans.

Et même si, avec le recul, je ne pense pas que nous aurions pu aller plus vite, le décompte des années commence à m'inquiéter, car nous sommes engagés dans une course contre la montre qui semble s'accélérer.

Aussi, pour vérifier le chemin parcouru, mais aussi et surtout pour valider sa direction et sa raison d'être, nous avons passé en revue les raisons qui nous ont amenés à bouleverser notre vie. Et dans ce retour aux sources, nous avons retrouvé un texte que j'avais écrit au début de l'année 2005 (je l'ai publié le 8 mai 2005 sur VieRurale - mon premier site - parce que cette date a une signification particulière pour nous).

Bien que ce document ait quelque peu vieilli, je ne trouve pas ridicule de le publier de nouveau.
(les liens de la fin du document ne sont naturellement plus actifs)

La vérité est ailleurs [08/05/05]

Préambule

Soyons clair : mon jeune âge (la quarantaine au moment où j'ai commencé à écrire ces lignes), couplé à ma formation scientifique, ne fait pas de moi un spécialiste de la question sociale. Il ne faut donc voir, dans mes propos, que le résultat des réflexions d'un père de famille qui s'interroge sur l'orientation à donner à sa vie, dans une société qui ne semble pas en avoir. Le seul privilège que je me permettrais d'avancer, mais qui a quand même son importance, est celui d'être heureux...

Car ce qu'il y a de remarquable dans notre société moderne, c'est que malgré tous les avantages qu'elle nous procure, nous vivons en permanence avec un sentiment d'insatisfaction, voir de frustration. À un point tel qu'il n'est plus possible d'avoir une discussion à bâtons-rompus, sans que votre interlocuteur ne se désole de quelque chose. Et si vous orientez la conversation sur les vacances, sujet on ne peut plus réjouissant, on a l'impression que ce sont les seuls moments qui méritent d'être vécus. À croire que notre vie quotidienne est devenue tellement rebutante, qu'il faille la fuir régulièrement pour la supporter.

Le paradoxe

Pourtant, quand on essaye de faire un point objectif sur l'état de nos acquis, on ne peut que constater que ceux-ci n'ont jamais été aussi important. En effet, si nous revenons à nos fondamentaux, il est dans la nature des choses que chaque être humain gagne sa nourriture à la sueur de son front.

Nos ancêtres ont donc, depuis la nuit des temps, travaillé quotidiennement pour satisfaire leurs besoins immédiat, sans parvenir réellement à se mettre à l'abri des mauvais jours. Réussir à travailler moins est donc une indication importante de l'amélioration de notre condition.

Or, notre temps de travail s'est énormément réduit ces dernières générations ! S'il a été stable pendant des siècles, à tel point qu'il ne venait à personne l'idée de le quantifier, la révolution industrielle (XIXième siècle) a modifié de façon radicale notre façon de vivre. En effet, c'est avec elle qu'est née la notion d'horaires de travail (les ouvriers ont moins de contraintes liées aux conditions météorologiques), qui étaient approximativement de 12 à 14 heures par jour, 6 jours sur 7, au début des années 1800.

À cette époque, les choses évoluent peu puisqu'il faut attendre 1900 pour qu'une loi limitant la journée de travail à 10 heures soit promulguée (les semaines comptent toujours 6 jours travaillés). C'est même seulement en 1906 que le repos dominical entre dans les textes, et il faut attendre 1936 pour que 2 semaines de congés soient accordées.

Si nous faisons une rapide comparaison, un ouvrier de 1900 travaillait donc 313 jours par an (365 jours - 52 dimanches), soit 3130 heures, alors qu'aujourd'hui nous en sommes à 1645 heures (52 semaines - 5 semaines de congés, à 35 heures), soit pratiquement la moitié !

Toujours dans l'optique de quantifier nos avantages acquis, on peut aussi s'amuser à comparer notre espérance de vie. Or, celle-ci est passée de 40 à 74 ans (pour les hommes) en à peu près un siècle, ce qui montre bien l'évolution de ce que j'appelle notre "qualité de vie". Pour information, l'espérance de vie au Bangladesh était de 57 ans en 1988.

Dans le même esprit de comparaison que précédemment, comme nous vivons 2 fois plus longtemps en travaillant 2 fois moins, nous devons forcément avoir un peu plus de loisirs qu'eux...
[pour être tout à fait précis, si un "ancien" travaillait 26 ans - on suppose qu'il commence à travailler à 14 ans et décède à 40 - il travaillait donc 81 380 heures, ce que nous n'atteindrons même pas avec 40 ans à 35 heures, qui ne représentent que 65 800 heures !]

Pour finir, mais là cela devient plus technique et donc plus sujet à discussion, on peut comparer notre PNB par habitant (le PNB, Produit National Brut représente "la richesse" de notre pays et donc, par extrapolation, de ses habitants). Bien que la notion de richesse soit toujours très subjective, on peut quand même constater que, de nos jours, pratiquement chaque famille (ce qui représente au minimum 2 personnes) possède une voiture, ce qui était loin d'être le cas en 1950.

Tableau 1 : Evolution du PNB par habitant dans les pays les plus riches (en dollars)


1950

1970

1990

États-Unis

2410

3600

5010

Allemagne

990

2700

3620

France

1060

2500

3440

Royaume-Uni

1400

2220

3230

Japon

410

2130

3360

Tableau 2 : Nombre de voitures pour 1000 habitants dans les pays les plus riches


1950

1970

1990

États-Unis

264

436

504

Allemagne

13

223

485

France

36

254

415

Royaume-Uni

46

210

373

Japon

0,3

85

283

Sans vouloir se noyer dans des chiffres qui ne sont là que pour donner des repères, on ne peut que constater que nos progrès de vie ont été exceptionnels sur les 4 dernières générations. Nous voilà donc face à une grande interrogation : pourquoi notre bonheur n'a pas suivi la même évolution ?

Certains me rétorqueront que tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, que nous sommes en pleine récession, qu'il y a des millions de chômeurs, que nos retraites sont remisent en cause et que rien ne laisse prévoir une embellie. Et je suis tout à fait d'accord avec eux ! Il serait même facile de rajouter à ces problèmes purement occidentaux, tous ceux qui touchent le reste de la population du globe, et pour être tout à fait complet, finir avec ceux qui vont s'abattre sur notre planète sans distinction géopolitique.

S'il est évident que nous ne vivons encore pas dans un monde parfait, et je milite même activement pour les causes qui me semblent les plus urgentes, mon propos actuel n'est pas là. Sans pour autant vouloir occulter tous ces problèmes, j'aimerais déjà comprendre pourquoi tous ceux qui bénéficient des incroyables avancées que j'ai cité, ne sont pas heureux.

Les méfaits d'une société de consommation.

Si je poursuis ma réflexion, mon interrogation suivante sera donc : pourquoi ne sommes nous pas heureux ? À la base, il était clair que de ne pas avoir d'abri, ou être malade, ne nous permettait pas d'atteindre le bonheur. Pourtant, avoir un logement et pouvoir se soigner ne nous y pas amené non plus...

Le plus paradoxal, c'est que notre sentiment d'insatisfaction grandit en même temps que notre confort ! Cependant, tout semble idyllique. Pour ne parler que de ma génération (et, par extension, des suivantes), notre santé est hyper-protégée dès notre naissance : maternité, vaccination, médecin de famille, médicaments... Nous ne subissons ni le froid, ni la faim, et nous utilisons tellement d'eau pour nos simples besoins corporels, que s'en est insultant vis à vis de ceux qui n'ont pas notre chance. Nos besoins primaires sont donc largement couverts, et nous avons encore suffisamment de ressources pour crouler sous les divertissements !

Malgré tout, ceux-ci ne nous rendent pas heureux...

[Sœur Emmanuelle - "Vivre, à quoi ça sert ?" (Flammarion)]

L'écume ou l'éternité
(Quid est hoc pro aeternitate ? - Qu'est-ce que ceci, au regard de l'éternité ?)

Tout au long de mon existence, j'ai été séduite par tout ce qui "glisse et fuit d'une fuite éternelle". J'ai été fascinée par tout ce qui, telle l'écume, brille de reflets tentateurs et illusoires. C'est quelque chose, tout de même, que cette formidable énergie que nous déployons pour tenter de remédier au formidable vide, à l'insensé, au manque, en nous livrant corps et âme au flux et reflux du plaisir, dans une fuite perpétuelle hors de nous même ! C'est terrible, parce que c'est vain et voué à l'échec. Telle l'écume, le plaisir disparaît sitôt que son objet est saisi. Ainsi, l'insatisfaction creuse en nous, encore et toujours plus profond, son sillage d'amertume. Tout nous échappe, et nous-même avec, car tous nous allons mourir. Fondamentalement, c'est pour oublier la mort que nous nous divertissons. Nous sommes plongés dans un néant : tout fuit, et nous aussi.

À mon humble avis, le problème vient que nos civilisations occidentales se sont tellement laissées entraîner par leurs compétences techniques, qu'elles ont fini par associer le progrès au bonheur.

Effectivement, toute notre civilisation est fondée sur cette notion d'acquisition. Je ne reviendrais pas sur les idées qui nous ont fait choisir cette direction (il semblerait que la croissance soit apparue après la guerre de 1940, et qu'elle fut la réponse du président Truman au communisme), mais il est clair que le système est parti en boucle. Pourtant, l'idée paraissait séduisante : créer des biens de consommation à la chaîne permettait de mettre ceux-ci à la portée de tous.

Malheureusement, si le concept d'une économie complètement dirigée par l'état a connu la fin que l'on sait, il semble bien que l'attrait du gain ne soit pas un meilleur guide. Dirigée par des règles économiques, notre société se voit obligée de rechercher des marchés pour écouler sa production, et elle n'en a pas trouvé de meilleur que nous. Or, s'il est facile de nous faire acheter l'indispensable, il est beaucoup plus compliqué de nous vendre le superflu, voir l'inutile.

Du coup, une nouvelle science est née : le marketing ! Si son but premier a été d'adapter la production au marché, il ne lui a fallu que peu d'années pour se mettre à chercher à adapter le marché à la production. En effet, quand on souhaite vous inciter à acheter quelque chose qui ne vous apportera fondamentalement rien de plus, les arguments employés peuvent sans risque quitter le rationnel pour investir l'émotionnel. De nos jours, on en arrive carrément à chercher à vous vendre une voiture en vous vantant son lecteur MPEG (nouveau support musical) !

Quand on en arrive à ce stade pour un bien d'une tel coût, il est clair que la mise en valeur des produits de grandes consommations atteint des sommets. Manger des tartines au petit déjeuner ou boire un verre au robinet devient une hérésie que tous les médias dénoncent ! La moindre de nos habitudes est remise en cause, car la nouveauté ne peut être que progrès, et le progrès ne peut être que bénéfique.

Mais que devient notre perception de la vie courante quand, à longueur de journée, on nous vante les avantages de ce qu'on n'a pas (parce que, sinon, cela ne sert à rien d'essayer de nous le vendre !) ? La première réponse qui vient à l'esprit concerne l'humiliation : ne pas pouvoir s'offrir ce que l'on nous décrit comme "courant" ne peut qu'être démoralisant.

Mais le mal ne s'arrête pas là ! Car, pour pouvoir accéder à cette norme, nous nous imposons des contraintes qui ne peuvent qu'aggraver notre mal être. Nous délaissons les "petites" villes - et je ne parle pas des villages ! - pour nous entasser dans des mégapoles sous prétexte qu'elles offrent plus de commodités. Ce faisant, nous limitons notre espace de vie aux 4 murs de notre logement, ce qui nous incite à rechercher des loisirs extérieurs (que ce soit pour les enfants ou pour nous), dépenses qui ne font qu'augmenter notre dépendance à l'argent.

Du coup, l'homme et la femme travaillent, délaissant leurs enfants pour mieux subvenir à leurs besoins. Le plus consternant, dans l'histoire, c'est que, sous l'effet des remords et de la pression des enfants - qui sont, eux aussi, la cible de nos publicistes - nous ne résistons pas à leurs sollicitations, ce qui les conforte dans le schéma bonheur = consommation.

Je n'ose pas imaginer ce que ressentira un enfant qui ne sera pas capable d'avoir le même niveau de vie que ses parents...

Un choix d'avenir.

Pour résumé, si la société de consommation a permis à l'écrasante majorité d'entre nous de bénéficier des bienfaits de la technique, sa survie passe maintenant par notre aliénation à la recherche du "toujours plus". Or, comme le dit si bien sœur Emmanuelle, cette quête ne peut pas remplir notre vie.

Du coup, tous les petits sacrifices qui pouvaient sembler si anodins, comme la promiscuité, le bruit ou le béton, changent de dimension dès que nous ralentissons notre course folle. Et nous nous retrouvons seul, face à nous même, au milieu d'un monde d'illusions. L'important, finalement, c'est d'exister réellement aux yeux de ses proches, ce qui n'est possible qu'en ayant réussi à tisser des liens profonds avec nos semblables : "S’il te plaît... apprivoise-moi !" disait le renard au petit prince.

Mais ces liens ont besoins de temps pour se mettre en place. Heureusement, comme nous l'avons vu plus haut, nous sommes les premiers à bénéficier d'un capital temps aussi important. À nous, donc, de choisir si nous voulons le convertir en argent, ou en bonheur...

Bien évidemment, imaginer une soirée sans télévision peut donner des frissons à certains d'entre nous, pourtant nos grands-parents y ont survécu ! Sans vouloir revenir à la chandelle, pourquoi ne pas imaginer une soirée lecture, bricolage (maquette, puzzle, ...) ou jeux de société. Quelque soient vos goût, vous vous rendrez vite compte que, non seulement l'absence de publicité et d'information ne vous empêchera pas de dormir, mais qu'en plus, de nouveaux échanges s'installeront dans votre famille.

En fait, à partir du moment où l'on accorde une richesse humaine au temps, vouloir sacrifier celui-ci pour augmenter son pouvoir d'achat apparaît vite comme une absurdité. Qu'est-ce qui vous fait penser que votre enfant trouvera plus de plaisir en faisant un tour de manège seul, plutôt qu'en partant à l'attaque des méchants bandits sur votre dos ? Aura-t-il raté sa vie si vous avez préféré dévaler les prés en luge avec lui, après avoir réalisé un igloo ou un bonhomme de neige, plutôt que de l'envoyer au ski ? Est-il plus agréable de tremper ses pieds en bord de mer, en compagnie de quelques centaines d'autres personnes, ou dans un ruisseau avec des oiseaux et quelques vaches comme uniques voisins ?

Sortir des schémas que nous proposent nos média n'est pas si difficile, surtout qu'ils sont trompeurs ! Pouvez-vous seulement imaginer qu'il n'y a que 10% des français qui partent aux sports d'hivers, alors qu'on en parle à la télé tout l'hiver ? De la même manière, qui se risquerait à dire qu'un français sur 3 ne pars pas du tout en vacances (en fait, nous sommes 38% à ne pas être partis du tout en vacances en 1999 [toutes ces données proviennent de l'INSEE]). Arrêtons donc d'écouter le chant des sirènes et essayons de construire notre vie à notre image.

Naturellement, il est clair que si nous sommes nombreux à nous investir dans ce concept de simplicité volontaire, les fondements même de notre société, basés sur une croissance permanente, risquent de s'écrouler. Du coup, nombreux sont ceux qui vont nous prédire chômage et récession sociale !

Pour ma part, ma première réaction consistera à dire que nous n'avons, de toute façon, pas le choix. Je ne redévelopperais pas ici tous les arguments qui me permettent d'être aussi péremptoire (vous pouvez les retrouver dans notre dossier Apocalypse écologique), mais il est clair que notre planète ne supportera pas la mondialisation. Elle est déjà saignée à blanc par un peu plus d'un milliard d'occidentaux, et ce n'est pas l'arrivée imminente de 2,5 milliards de consommateurs supplémentaires (la Chine et l'Inde) qui va arranger les choses !

Ensuite, je pense que si ce sont les consommateurs qui imposent de nouvelles règles à notre société, il n'y a pas de raison pour que celle-ci n'arrive pas à s'adapter en douceur. Quand on voit sa capacité de réaction aux nouveaux marchés, je ne doute pas qu'elle saura créer des emplois même dans des secteurs qui semblent actuellement non-porteurs.

Quoi qu'il en soit, si vous estimez que prendre le temps d'apprécier ce que vous possédez déjà ne nuira, ni à la planète, ni à votre épanouissement, je vous invite à venir rechercher des idées, voir à participer, dans notre dossier sur la Décroissance volontaire que nous mettons en place dans la section Au foyer, rubrique Cercle familial.

TM.

mardi, 20 mai 2014

Paniers ?

Message envoyé aux membres de l'AMAP Les Butineurs le 16/05/2014

Bonjour à toutes et à tous,

Laurence et moi souhaitons, à notre tour, remercier les personnes qui ont bravé les giboulées de mars, pardon, de mai, pour venir passer un petit moment avec nous sur la ferme. Nous aurons, bien sûr, d'autres occasions d'accueillir ceux qui n'ont pas encore vu (ou revu) les quelques arpents de terre que nous essayons de partager avec Dame Nature, mais nous espérons que les rencontres à la maison de quartier vous permettrons aussi de faire connaissance entre vous.

Je souhaiterai également mettre en commun les réflexions qui me sont venues suite aux discussions avec les uns et les autres.  Vous êtes en effet un certain nombre à nous avoir fait part de vos difficultés à promouvoir l'AMAP. Dans le même ordre d'idée, l'équipe de la maison de quartier du plateau Saint Jean nous propose de participer à la journée qu'elle organise pour "la fête de quartier", fin juin, pour nous faire connaître.

Dans les 2 cas, l'approche qui est retenue consiste à "vendre" les paniers.

Il va sans dire que nous apprécions et comprenons cette démarche qui cherche à valoriser le travail que nous faisons et à nous permettre de le continuer. Néanmoins, je pense que l'approche n'est pas adaptée au concept.

Que nous le souhaitions ou non, nous vivons dans une société qui s'est entièrement tournée vers la consommation, et qui améliore depuis des décennies sa façon de nous inviter à acheter. Dans ce cadre, vouloir "vendre" des légumes que l'on ne choisit pas, que l'on paye à l'avance et qui, de surcroît, vont demander du travail pour les utiliser n'est vraiment pas chose aisée. Et l'on peut même se demander pourquoi, il y a maintenant une dizaine d'années, des consommateurs se sont démener pour mettre un tel système en place :-)

Tout simplement parce qu'ils ont répondu à l'appel d'un producteur - Daniel Vuillon - qui souhaitait réagir, à son niveau, aux dérives de notre monde moderne (je vous invite fortement à lire l'article qu'il a fait paraître dans la presse en janvier 2000 : http://reseau-amap.org/docs/AMAPjanv2000.pdf. Pour les plus curieux, il y a des informations plus générales ici : http://reseau-amap.org/historique.php).
Pour protéger ce concept, qui allait forcément être détourné, l'association Alliance Provence est allée jusqu'à enregistrer le terme « AMAP (Association pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne) » en 2003 à l'INPI en tant que marque française. L'usage de la marque passe par l'engagement du respect de la charte des Amap inspirée de la Charte de l'agriculture paysanne, éditée en mai 2003 par cette même association.

Évidemment, chacun à sa vision du monde et fixe ses priorités en fonction de ses certitudes. Pour notre part, comme vous commencez peut-être à le savoir, nous ne sommes pas du monde agricole, d'où notre prudence à son égard. Nos inquiétudes sont différentes de celles de M. Vuillon et se focalisent sur le dérèglement climatique (dont les causes s'aggravent régulièrement : http://ecologie.blog.lemonde.fr/2014/05/09/la-hausse-du-taux-de-co2-dans-lair-depuis-800-000-ans-en-2-minutes/).

Ceci étant, nous avons estimé que notre part pour ce combat passait par la mise en place d'une ferme durable, et nous avons donc besoin d'une AMAP pour avoir une chance de résister aux pressions du commerce actuel. Quelles que soient les raisons qui vous ont guidés ver l'AMAP les Butineurs, nous espérons que notre partenariat vous convient et qu'il continuera à évoluer pour satisfaire le plus grand nombre.

Mais je continue à penser que mettre en avant l'achat des légumes n'est pas la bonne approche.

J'estime qu'il est préférable que ceux qui souhaitent promouvoir notre partenariat mettent l'accent sur ce qui les touche le plus, que cela soit la traçabilité des produits, le bio, la vente directe, la consom'action, la paysannerie, le développement durable, etc...

Et si nous avons la chance que nos interlocuteurs réagissent à ces idéaux, il est alors possible de rappeler que le commerce se fait toujours à 2 et que les producteurs qui s'engagent sur la voie du changement méritent d'être soutenus. Les raisons des "contraintes" liées aux distributions sont, à ce stade, beaucoup plus facile à expliquer :-).

Bonne fin de semaine et encore un grand merci pour tout le dynamisme que vous nous communiquez.

Thierry.

mercredi, 26 février 2014

La vitrine agricole

Message envoyé aux membres de l'AMAP Les Butineurs le 26/02/2014

Bonjour à toutes et à tous,

Alors que le salon de l'agriculture bat son plein (http://www.salon-agriculture.com/) et que les articles sur le monde agricole fleurissent, je me sens quelque peu obligé d'emboîter le pas :-) ! Mais rassurez-vous, je ne serai pas dithyrambique car mon expérience du monde agricole est encore limitée, même si cela ne semble pas être rédhibitoire pour écrire sur le sujet.

De nos jours, où il n'existe de salut autre que dans le “toujours plus”, il est de bon ton de commencer par aligner quelques chiffres cinglants pour démontrer le dynamisme actuel de l'agriculture. Voici donc les miens :

Comme je l'ai dit, je ne me sens pas apte à juger. Qui plus est, pour m'être confronté un minimum à la dureté et aux aléas de la culture, je comprends très bien l'engouement des paysans pour tout ce qui a pu alléger leur labeur, tout en pérennisant leur travail.

Je me permets d'ailleurs de vous inviter à voir, ou à revoir, La mort est dans le pré. Ce documentaire dénonce la dangerosité des pesticides mais les témoignages permettent aussi de comprendre pourquoi ils ont été si facilement adoptés, et pourquoi ils ne seront pas abandonnés si facilement.

Le monde dans lequel nous vivons ne s'est pas fait en un jour et les choix qui l'on modelé semblaient, pour la plupart, judicieux. Je ne peux pas ignorer que nous profitons, sans conteste possible, d'une qualité de vie inégalable. Même les plus puissants des rois ou des empereurs de jadis n'ont pu accéder à notre quotidien.

Mais je ne peux pas rester dans le déni et occulter tout ce qui ne va pas. Notre monde est rond et nous en avons fait le tour : il nous est désormais impossible d'en repousser les limites. Continuer à l'exploiter comme nous le faisons altère notre avenir proche irrémédiablement.

Ces choix sociétaux dépassent largement le monde de l'agriculture mais le rapport à la Terre - et à son climat - devrait rendre ses acteurs plus sensibles aux évolutions de notre écosystème et à ses dangers. Que la majorité de nos concitoyens trouve le mois de février très agréable à vivre est compréhensible mais, pour ma part, je ne peux le dissocier d'une tendance plus lourde.

C'est pourquoi nous continuons, à notre échelle et avec votre soutien, de faire notre part :-)

Sincèrement, Thierry.

lundi, 26 août 2013

10 ans

En 2003, notre ainée avait 10 ans. J'en avais 40.

L'âge idéal pour faire un bilan de sa vie personnelle, pour se projeter dans celle de ses enfants...

Étonnamment, plus on maîtrise son existence, plus on s'inquiète pour le futur. Autrement dit, quand on est jeune, on se laisse porter par les évènements et nos interrogations ne dépassent pas le samedi soir prochain, voir, la fin d'année scolaire. Ensuite, nous apprenons à intégrer notre partenaire dans notre quotidien, puis nous nous interrogeons sur la place de notre travail, de nos futurs enfants. Nous construisons, réparons, transformons. Et vient le moment où l'on commence à réfléchir sérieusement au futur...

En 2003, mon père avait 80 ans. Et la canicule est avenue.

Tout compte fait, la chaleur de 2003 m'a semblé bien plus supportable que celle de 2013, alors que la température avait dépassé les 40° sur une quinzaine de jours pour 30° sur une dizaine de jours cette année (mais il est vrai que je ne faisais pas le même travail ;-D !). En fait, il a fallu que l'on commence à parler de centaines de décès, puis de milliers - surtout de personnes âgées - pour que je m'inquiète de mon père qui vivait seul dans son appartement...

En 2003, j'ai fini par me demander dans quel monde je vivrai quand j'aurai à mon tour 80 ans. Et qu'en penseront mes enfants qui, eux, seront dans la force de l'âge...

Je ne vais pas développer ici les preuves du réchauffement climatique mais, déjà à l'époque, la communauté scientifique internationale n'avait aucun doute : un réchauffement climatique anthropique est en cours et il va être d'une extrême brutalité (le passage de la dernière ère glaciaire à notre époque a pris plus de 10 000 ans et a augmenté la température moyenne du globe de 5°. En 100 ans, notre civilisation aura augmenté la température de plus de 2°, soit un changement 50 fois plus rapide !)

Comment, dès lors, ne pas réagir face à la vision d'une société mondiale confrontée à une crise énergétique et climatique d'une telle ampleur ?

Pourtant, il m'a fallu encore pratiquement 1 an avant de décider que je ne pouvais pas continuer à vivre comme avant alors que j'étais devenu conscient...

Mais devenir "durable" n'est pas une mince affaire. Dans l'absolu, seuls les "primitifs" ont réussi à profiter de leur environnement sans le dégrader; toutefois, cet objectif semble quelque peu inapproprié dans notre monde actuel :-) !

Pour rester réaliste, nous avons souhaité revenir aux fondamentaux - produire de la nourriture - en minimisant au maximum notre empreinte écologique, à savoir, la "trace" que nous laissons dans notre environnement.

D'où cette idée de ferme Butine, la plus autonome possible au niveau agronomique - autrement dit, les végétaux doivent alimenter animaux et humains, qui doivent eux même alimenter les végétaux - et la plus économe en émissions de gaz à effet de serre.

Cependant, en plus d'agir directement sur la préservation de son environnement, la ferme doit aussi intervenir le plus possible dans le monde économique, puisque c'est lui qui dirige actuellement notre planète. D'où son engagement dans la vente directe.

En 2013, mon ainée a 20 ans. J'en ai 50.

La ferme existe et elle est efficiente.

Naturellement, comme les terres et les bâtiments étaient à l'abandon, qu'il n'y avait plus aucun matériel, que nous n'avions aucune expérience dans la production agricole ou dans la vente, il reste encore beaucoup à faire. Mais nous arrivons à produire suffisamment de légumes sains et variés, du fromage de chèvre et des œufs, malgré des années difficiles météorologiquement.

Reste un équilibre économique à trouver. Et c'est là que tout se complique, car l'enthousiasme pour le bio et l'environnement semble avoir disparu avec le début du siècle.

Ce qui n'est bon ni pour notre ferme, ni pour nos enfants...

mardi, 1 janvier 2013

Résolutions 2013

Déjà 2013 ! Le temps passe...

Cela fait maintenant 25 ans que, conscients du problème que pourrait poser le changement climatique à l’échelle du globe, l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) ont créé, en 1988, le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC).

Le GIEC est un organe ouvert à tous les pays membres de l’ONU et de l’OMM, dont l’une des principales activités consiste à procéder, à intervalles réguliers, à une évaluation de l’état des connaissances relatives au changement climatique.

Cela fait maintenant 20 ans, depuis la signature en 1992 lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro de la "Convention Climat", que les pays du monde entier se réunissent chaque année pour "stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique".

Leur dernière réunion a eu lieu fin 2012, à Doha.

Déjà 2013 ! Le temps change...

Comme prévu par les rapports du GIEC, l'évolution anthropique des gaz à effet de serre dans l'atmosphère a un effet délétère sur notre climat. Les quantités de chaleur reçues par notre planète augmentent de manière irrémédiable, perturbant de plus en plus les fragiles équilibres des flux aériens et océaniques qui déterminent nos saisons.

Malgré la fonte sans précédent de la banquise de l'Arctique et la multiplication des extrêmes météorologiques et climatiques (vagues de chaleurs, sécheresses, inondations, froids extrêmes, cyclones tropicaux), nous n'arrivons même pas à ralentir l'accroissement de nos rejets tant ceux-ci sont liés à nos sociétés modernes.

En dépit de la raréfaction de nos ressources et des crises systémiques qui en découlent, nous continuons à privilégier des modes de vie basés sur la consommation, la croissance, le toujours plus, quitte à utiliser des énergies de plus en plus polluantes.

"La maison brule et nous regardons ailleurs".
(IVe Sommet de la Terre, Johannesburg - 2002)

Nos économies vacillent et font trembler nos rêves. Le futur idyllique que les marchands nous décrivent en permanence semble s'éloigner. Devons-nous tout lui sacrifier quitte à nous condamner ?

Déjà 2013 ! Il est temps...

Temps d'ouvrir nos yeux pour admirer notre belle planète, berceau de notre humanité, berceau de notre vie.

Temps d'ouvrir notre esprit pour dépasser notre égocentrisme et percevoir la globalité du monde.

Temps d'ouvrir nos mains pour préparer notre avenir.

jeudi, 13 décembre 2012

Le monde, Doha et nous

"Tes enfants seront aussi nombreux que les étoiles dans le ciel"

ciel

[Giant Stellar Nursery - NASA]

Depuis fort longtemps, à mon échelle en tout cas, cet adage parcours le monde. L'image est poétique et marquante mais, littéralement parlant, n'a aucune chance de se réaliser.

earth

[Earth at Night - NASA]

En premier lieu, bien sûr, parce que le nombre des étoiles est d'un ordre de grandeur impressionnant mais, surtout, parce que les capacités de notre planète à nous héberger sont limitées et très fragiles.

agri1 agri USA

[agriculture vivrière - HOME | épandage par avion - HOME]

agri agri22

agri 2 serres Espagne

[cultures traditionnelles - HOME | cultures intensives - HOME]

cité ville New York

[village - HOME | mégapole - HOME]

Les choix, les opportunités, les visions, les contraintes : multiples sont les causes qui façonnent nos civilisations et notre monde.

A notre échelle, nous travaillons nos quelques arpents de terre pour créer un cycle de vie équilibré mais excédentaire.

Ferme Butine 2009 Ferme Butine 2011

[notre ferme avant notre arrivée en 2009 - notre ferme fin 2011]

lundi, 5 mars 2012

Simulations 2012 sur le changement climatique

"La communauté climatique française, réunissant principalement Météo-France, le CNRS, le CEA, l’UMPC et l’UVSQ (notamment à travers le CNRM, le CERFACS* et l’IPSL**) vient de terminer un important exercice de simulations du climat passé et futur à l’échelle globale (CMIP-5). Mis à disposition de la communauté internationale, ce travail sera utilisé par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pour établir son 5e rapport, dont le premier volet sera publié à la mi-septembre 2013."

lire Changement climatique : les nouvelles simulations françaises pour le GIEC

Pour la première fois, les scientifiques ont réussi à réaliser, non pas une projection climatique sur le 21e siècle, mais une prévision à l'échelle décennale (2010 - 2040).

Concrètement, cela signifie que les modèles numériques utilisés ont été initialisé par les données climatiques de l'année 1960 et ont été capables de redonner la chronologie des années passées, l'exercice se poursuivant jusqu'en 2040.

Ceci étant, il est important de continuer à faire la différence entre la météo et le climat : il est scientifiquement impossible de prévoir le détail des situations météorologiques plus de 10 jours à l'avance ! La science du climat ne peut prédire que des moyennes mais plus celles-ci s'affinent, plus les tendances convergent vers un changement climatique majeur.

Car il faut le répéter encore et toujours : le changement climatique, ce n'est pas qu'une augmentation de la température moyenne !

Effectivement, pour appréhender le phénomène, il faut prendre de la hauteur (allez, disons 1 million de km) pour pouvoir considérer la Terre comme une boule se déplaçant dans le froid du vide de l'espace. À cette échelle, les échanges thermiques sont assez simples puisque notre planète, à part quelques flux thermiques en provenance de son centre, ne reçoit de la chaleur que du soleil.

Comme la Lune, avec un côté brulé par les rayons solaires et un autre glacé par le vide galactique. Heureusement, notre refuge dispose d'une atmosphère qui homogénéise globalement la température, qui avoisine les 15°C à sa surface (moyenne de la température sur toute la surface de la Terre (océans et continents, la surface de ces derniers étant ramenée au niveau de la mer), et sur toute l’année).

Quand les scientifiques nous expliquent que la température aura augmenté au minimum de 2°C en 2100 (avec des politiques drastiques de combats de nos émissions de gaz à effet de serre, ce qui est quand même très mal parti), cela signifie donc que la température moyenne de la Terre sera de 17°C.

Pas de quoi fouetter un chat !

Sauf que la température de notre planète était d'environ 10°C lors de la dernière glaciation. Et à cette époque, la végétation de notre pays était équivalente à celle de la toundra russe actuelle. Ce qui en dit long sur l'importance d'un écart de 5 petits degrés.

Mais le plus affolant concerne la vitesse du changement. Alors que l'évolution des températures a mis environ 15000 ans pour passer de 10°C à 15°C, laissant aux différents habitants de notre petite planète (animaux et végétaux) le temps de s'adapter, nous allons allègrement prendre 3°C en une centaine d'années.

Heureusement, tous les gouvernements travaillent à relancer la croissance...

samedi, 31 décembre 2011

2012

2012 sera pour nous une année très particulière...

Tout d'abord en tant que citoyens, puisque toute année d'élection présidentielle est particulière : nous allons à nouveau choisir la personne qui va insuffler le nouvel élan quinquennal à la nation française.

À l'heure où les contraintes systémiques commencent à être ressentis par tous, nous devons nous féliciter de pouvoir encore voter démocratiquement. Combien de temps pourrons-nous continuer à préserver nos acquis devient une question essentielle qui redonne toute son importance au choix du plus haut dignitaire français, même s'il est évident que celui-ci ne pourra pas grand chose contre les lois de la physique car « la maison brûle et nous regardons ailleurs... ».

Et là, c'est le citoyen -militant concerné par la dégradation de son environnement qui voit dans l'année 2012 le vingtième anniversaire du sommet de Rio. 20 ans pendant lesquels les recherches scientifiques n'ont cessé de progresser dans la démonstration que l'humanité détruit de plus en plus vite le seul habitat qu'elle possède, progression inversement proportionnel à celle de l'indignation militante qu'avait réveillé le discours fondateur prononcé à l'époque.

Cette apathie face à une prise de conscience qui devrait être immédiate tellement les faits sont criants me fait souvent penser à la décision qu'a dû prendre mon père en 42 (et oui, déjà 70 ans!) quand il a quitté la protection illusoire de sa maison familiale pour s'enfuir en zone libre.

Seul, il lui a fallut passer la frontière allemande pour rejoindre la France occupée (à cette époque, l'Alsace était annexée, ce qui sous-entend que mon père devait combattre sous l'uniforme allemand), la traverser avant de pouvoir enfin franchir la ligne de démarcation.

Qu'est-ce qui fait que certaines personnes sont capables de bouleverser leur existence dans l'espoir de l'améliorer alors que d'autres préfèrent laisser les choses choisir à leur place ? Cette année, mon père aura 90 ans et ces années difficiles nous semblent bien loin, surtout pour nous qui n'avons connu qu'un monde sécurisé et opulent.

Pourtant, les nuages s'amoncèlent et, comme en 39, il est sûr que nos lendemains seront chahutés. Malheureusement, plus nous restons apathiques, moins nous aurons de chances qu'il y ait un après avec un happy end. La dégradation de notre climat est aussi inéluctable que la disparition de nos réserves d'énergies fossiles et le jour à partir duquel nous n'aurons plus le temps de nous prémunir contre ce changement radical de nos vies est diablement proche.

Et c'est pourquoi nous allons, Laurence et moi, continuer à nous investir dans notre projet fermier même si, malgré 2 années extrêmement dures et éprouvantes, celui-ci est encore très loin d'être viable. Nos forces et nos ressources se sont érodées inexorablement au contact de la réalité et nous n'avons plus l'énergie que procure la foi, mais nous avons le soutien des Butineurs...

dimanche, 24 avril 2011

Les Moaï d'Occident

En ce week-end de Pâques, le travail continue comme à l'accoutumé, ce qui ne me laisse plus le temps d'écrire...

Pourtant, derrière ce labeur quotidien qui envahit nos muscles et nos pensées, nous devons préserver nos idéaux et continuer à réfléchir à l'évolution de notre monde. C'est pourquoi je reprends ce texte, que j'ai écrit courant 2005, sur l'île de Pâques. Bien que cette île n'est aucun rapport avec la fête religieuse, je pense que son histoire est à méditer...

Quand une situation inédite, et inquiétante, se profile à l'horizon, il n'est jamais inutile de chercher à savoir si quelqu'un d'autre ne l'a pas déjà rencontrée. Dans le cas d'un dérèglement climatique, il est manifeste que les exemples ne seront pas légions, aussi étudierons-nous avec soins celui qui nous paraît le plus approchant : l'île de Pâques.

Laissez-moi donc vous conter l'histoire édifiante d'une île minuscule, perdue au milieu de l'océan Pacifique. Pour vous mettre en situation, essayez d'imaginer un morceau de terre triangulaire, de 15 km de côté (environ 165 km², ce qui est 4 fois plus petit que le plus petit département français : le Territoire de Belfort !), couvert d'une végétation luxuriante. En tout cas, c'est ainsi que des polynésiens la découvrir dans les années 500 de notre ère.

Même si ceux-ci étaient forcément de très grands marins (ils avaient déjà réussi à coloniser beaucoup d'îles de la Polynésie), ce fût certainement leur plus bel exploit car il leur avait fallut parcourir plusieurs milliers de kilomètres pour atteindre celle-ci (la terre la plus proche, l'île de Pitcairn, située à 2000 km, n'était pas encore habitée à l'époque). Quoi qu'il en soit, ils furent certainement très heureux d'aborder ce monde, même s'ils n'y trouvèrent aucune source d'eau douce. Heureusement, la pluie y a toujours été abondante, puisqu'il y pleut plus d'un jour sur deux.

Ceci dit, même si les premiers colons l'ont très certainement trouvée paradisiaque, il est indéniable qu'il leurs fallait tenir compte immédiatement de ces ressources limitées (rappelons-nous que l'on peut la parcourir à pied en moins d'une journée !). Heureusement, les nouveaux habitants apportaient aussi avec eux une structure sociale très hiérarchisée, ce qui leur a permit d'y vivre et de s'y développer pendant plus d'un millier d'années sans problèmes. Ils sont même parvenu, selon les estimations, à atteindre les 20000 habitants, ce qui représente une densité de plus de 120 personnes au km2, contre 96 pour la France en 2004 !

Et qui plus est, dans un équilibre stable d'après les archéologues, puisque l'étude des squelettes de l'époque prouve que les indigènes étaient en bien meilleure santé que leurs contemporains continentaux. Sans vouloir entrer dans les détails, leur civilisation était construite autour d'un roi et d'un clergé, la population étant regroupée en plusieurs tribus. Cette centralisation du pouvoir permettait d'orienter les choix et de contrôler la distributions de la nourriture. Leur religion, quant à elle, était axée sur la vénération des ancêtres, dont ils représentaient les plus prestigieux par des statues géantes : les Moaï.

Sur le principe, ces statues sont similaires aux totems indiens, et sont donc là pour protéger le village. Évidemment, quand on dispose d'une carrière à proximité, il semble naturel de chercher à faire une statue en pierre, plutôt qu'en bois, et quand l'incertitude ne peut provenir que du grand large, on aura aussi tendance à la placer entre le village et le rivage, plutôt qu'au centre des habitations.

Quoi qu'il en soit, cette coutume n'aurait certainement pas tant marqué les esprits (qui ne connaît les statues de l'île de Pâques !) si, quand les premiers navigateurs occidentaux ont découvert cette île (des néerlandais en 1722), celle-ci était devenue un rocher nu où pratiquement toute végétation avait disparu ! Trouver quelques indigènes, survivant misérablement au milieu de statues gigantesques (le plus grand atteint les 300 tonnes, pour 21 mètres de long), alors qu'ils ne disposaient ni de madriers ni de cordes dignes de ce nom, a effectivement de quoi frapper les esprits. Qui plus est, la grande majorité de ces Moaï était jetée à terre, comme si un épisode d'une extrême violence avait dévasté l'île.

C'est à partir de ces constations, naturellement, que bien des hypothèses ont vu le jour pour expliquer cette situation. S'il est maintenant clairement établi que ce sont bien les indigènes qui ont taillé ces statuts, puisque les études des pollens et des restes de repas ont démontré que pendant pratiquement 1000 ans la végétation était florissante, ce qui mettait à la disposition du peuple de l'île les ressources nécessaires à ces travaux, on s'interroge toujours sur le brusque dépérissement de cette civilisation, qui correspond de manière si étrange, au renversement des Moaï.

L'hypothèse la plus souvent énoncée part du principe que la disparition des forêts serait l'oeuvre des indigènes qui se seraient lancés dans des guerres à outrance, contre des envahisseurs ou pour des raisons religieuses (il est effectivement à noter que la taille des Moaï s'est accru subitement pendant cette période), ce qui aurait causé une déforestation massive, cause de la mort ultérieure de la grande majorité des habitants...

Bien que l'hypothèse suivante me paraisse encore plus vraisemblable, on peut déjà remarquer que, quelqu'en soit la cause, le déséquilibre écologique qu'ils ont vécu a eu des conséquences dramatiques. Or, nous devons garder à l'esprit que, bien que nous ne parlions plus d'une île mais d'une planète toute entière, nous sommes en train de reproduire le même scénario en perturbant notre climat.

Mais revenons à la seconde hypothèse. Les scientifiques, qui étudient depuis de nombreuses années cette île, n'accordent pas beaucoup de crédit à la thèse d'une guerre de possession. Pourquoi les indigènes, qui vivaient en parfaite autarcie depuis un millier d'années, auraient été subitement pris d'un coup de folie et se seraient mis à s'entre tuer ? Dans le cadre d'une attaque extérieure, il aurait fallu que les envahisseurs arrivent en masse, ce qui n'a peu de sens, puisque l'île ne pouvait être découverte que par hasard (qui préméditerait une attaque à plus de 2000 km de chez lui, simplement pour le plaisir de conquérir 165 km² ?).

Ils se sont donc tournés du côté des catastrophes naturelles, ce qui aurait aussi eu le mérite d'expliquer la mise à bas des Moaï. Malheureusement, aucune traces de séisme, d'irruption ou de raz-de-marée. La seule explication rationnelle reste donc une sécheresse dévastatrice (résultant d'une perturbation temporaire du climat, de type El Nino) qui aurait mise à mal la végétation. Effectivement, bien que les terrains volcaniques soient très fertiles, une fois qu'ils sont mis à nu, les vents très violents et la porosité des roches n'aident pas au reboisement (en tout cas, 500 ans plus tard, la végétation n'est toujours pas revenue !).

Certains scientifiques pensent donc que les conditions de vie se sont brusquement détériorées du fait de la déforestation. Les études montrent que, parallèlement à la disparition de l'utilisation du bois dans la cuisson des aliments, les zones de cultures se sont répandues dans des espaces de moins en moins propices, signe d'un besoin impérieux en terme de nourriture. Parallèlement à cette évolution, les indigènes se sont mis à sculpter des Moaï de plus en plus imposants, certainement en quête d'un soutien conséquent de la part de leurs ancêtres.

On peut donc imaginer la situation suivante. Quelques années de dérèglement climatique perturbent la faune et la flore de l'île, entraînant des famines importantes. Pour essayer de faire face aux évènements, la classe dirigeante, qui n'appréhende le monde qu'au travers de sa foi, fait entreprendre les travaux des Moaï géants.

À l'évidence, il est arrivé un moment où les gens du peuple, exténués par ces travaux titanesques alors qu'ils éprouvaient de plus en plus de difficulté à nourrir leur famille, ainsi que la classe dirigeante, finirent par comprendre que les choix qu'on leur imposait n'amenaient qu'à une impasse. Le soulèvement qui s'en suivi ne cherchait donc pas qu'à accéder aux réserves de nourriture, mais surtout à mettre à bas l'ordre établit.

Ce qui me frappe le plus, dans cette seconde hypothèse, c'est toujours cette similitude avec notre époque actuelle. Nous sommes, nous aussi, tout à fait conscient que notre monde est limité, et nous savons pertinemment que nous le dégradons de manière irrémédiable. Nous sommes aussi totalement conscient que nous avons enclenchés un dérèglement climatique, et que la fin des énergies bon marchées (sous 15 ans au mieux) ne va pas nous aider à y faire face. Et pourtant, nous continuons à vénérer nos Moaï dans l'espoir de jours meilleurs !

Malheureusement, nous aurons beau les faire à l'échelle de la planète, ce n'est ni la déesse Croissance, ni la déesse Technologie, qui nous sauveront...

dimanche, 6 février 2011

Petit retour sur les derniers mois.

Heureusement que Thierry est plus assidu que moi à l'écriture!

Je vais essayer de me rattraper un peu ;-).

Au mois de septembre, nous avons passé une journée au Centre Eden, dans le cadre de la foire nature. Dans un environnement très agréable, nous avons échangé beaucoup de personnes sur ce que représente le travail en agriculture biologique. Nous avions apporté quelques légumes, comme les salsifis, les topinambours, des courges gravées et des physalis qui ont suscité la curiosité.

Puis à l'automne, nous avons participé à la foire de Chalon sur Saône. Étant donné que ce genre de manifestations a un but uniquement commercial, nous délaissions ces événements en tant que visiteurs, depuis bien longtemps.

Cependant, le conseil régional de Saône et Loire voulant soutenir la "filière courte" et l'agriculture locale, un stand a été mis à disposition de producteurs .
C'est dans ce cadre que nous avons été contacté, et  l'occasion nous a été donnée de faire la promotion de l'agriculture biologique et faire connaitre le projet de la Ferme Butine.

Début novembre, le festival des soupes à Chalon sur Saône nous a procuré une nouvelle occasion de parler de la ferme et de notre volonté de produire des légumes biologiques pour les vendre en direct au consommateur. Nous avons constaté à ce sujet, que la notion de vente directe n'était pas une évidence pour tout le monde.

Au cours de ces rencontres, nous avons recueilli le nom de personnes intéressées par la création d'une AMAP sur Chalon....

En décembre, nous avons arrêté les marchés du mercredi, car la place de l'hôtel de ville était occupée par le marché de noël,  ses chalets d'exposition et ses diverses animations.
(Je suis allée m'y promenée, mais j'ai été déçue de constater que "l'artisan" péruvien vendait des bonnets étiquetés "made in China", et je crois qu'il ne faisait pas exception ;-( , mais c'est une autre histoire).  

C'est donc, le 10 décembre qu'a eu lieu la première rencontre pour la présentation de l'idée d'une nouvelle AMAP sur Chalon sur Saône. Un petit groupe s'est constitué, puis une nouvelle réunion s'est déroulée le 5 février, consolidant les bases et les grands traits du fonctionnement de l'AMAP en gestation.

Je me réjouis du soutien des personnes qui nous accordent leur confiance (certaines depuis un an déjà!), et j'ai bien du mal à réaliser que nos projets commencent à se concrétiser!

vendredi, 31 décembre 2010

Voeux 2011

Tradition ancestrale, le nouvel an nous vient de l'ancienne Égypte, qui l'associait à la crue du Nil.

A cette époque, où la simple succession des jours et des nuits était remise en cause chaque soir*, la notion de cycle était fondamentale. Cette perpétuité supposait un effort continu, nécessitant une collaboration des dieux et des hommes par l'intermédiaire du roi, qui est le garant du respect de Maât* sans laquelle il est impossible d'empêcher la dégradation du monde.

La crue du Nil étant vitale pour les Égyptiens, puisqu'elle déposait sur les terres le limon nécessaire aux cultures, le nouvel an avait une forte connotation de renouveau bénéfique.

De nos jours, où l'inquiétude sur le prochain levé de soleil n'est plus vraiment de mise, nous avons surtout conservé la tradition du renouveau, l'instant magique qui nous fait basculer d'une ancienne année vers une nouvelle. Cette remise à zéro du compteur nous permet d'effacer le passé et de nous tourner vers un futur vierge, dans lequel nos bonnes résolutions nous éviteront les désagréments de l'année écoulée.

Malheureusement, la réalité est tout autre et le monde n'est plus capable de se régénérer d'une année sur l'autre.

[Cette carte représente les anomalies de température de 2010, positives ou négatives, à la surface du globe par rapport aux moyennes des années 1951 à 1980. L'année 2010 est l'année la plus chaude jamais enregistrée.
Image en provenance de la NASA. Un historique de l'évolution de ces anomalies, sous forme de vidéo, est accessible à la fin de cet article]

Dans un tel contexte, que peut-on souhaiter pour la nouvelle année 2011, si ce n'est que l'Homme prenne enfin conscience que ses actes ne sont pas anodins pour le vaisseau Terre ?

Savoir définir ses limites, redécouvrir la mesure et la sobriété, rechercher l'Être plutôt que l'Avoir, font partie des principes qui nous permettront de retrouver un équilibre tant physique que spirituel.

Que 2011 vous offre l'occasion de découvrir les richesses de la vie et vous garde en bonne santé.

* Le mythe égyptien des cycles du soleil décrit le combat que mène Rê chaque nuit contre les « forces du chaos » représenté par le serpent Apophis afin de permettre la réapparition du soleil chaque matin sur le « monde d'en haut ».

Maât* : « l'ordre juste du monde » est au cœur de la compréhension de la civilisation égyptienne toute entière et elle est le fondement de sa longévité. Lire Maat.

Ce lien donne accès à une rétrospective, proposée par la NASA, de l'évolution des anomalies de température à la surface du globe depuis la fin du XIXe siècle : video anomalies

lundi, 19 juillet 2010

Hérisson

Hier, nous avons trouvé 2 jeunes hérissons dans notre potager et cela m'a fait penser au "hérisson débonnaire" d'une poésie que j'ai écrite il y a déjà quelques années...

"Raconte-moi encore, Papa." - publié le 22/09/04 sur Vie Rurale

Raconte-moi encore, Papa,
Comment c'était en ce temps là,
Où les fleurs étaient si variées,
Que la Terre en était chamarrée,
Où l'herbe recouvrait le sol,
Doux tapis pour vos farandoles,
De son beau manteau vert,
Qui ne disparaissait qu'en hiver.

Raconte-moi encore, Papa,
Comment c'était en ce temps là,
Où les oiseaux venaient chaparder,
Les miettes que vous leur lanciez,
Où le hérisson débonnaire,
Faisait le tour du propriétaire,
Profitant de la fraîcheur du soir,
Qui lui donnait la rosée à boire.

Raconte-moi encore, Papa,
Comment c'était en ce temps là,
Où le gris disparaissait avec la nuit,
Sans ressurgir avec la pluie,
Où les saisons étaient quatre,
Vous réunissant devant l'âtre,
Le temps des cadeaux,
Avant de redevenir beau.

Raconte-moi encore, Papa,
Comment c'était en ce temps là,
Où la vie était si facile,
Que vous l'avez rendu fragile,
Où les enfants pouvaient sortir,
Sans peur de ne pas revenir.
Maintenant, je sais que j'aurai toujours faim,
Mais dit moi, Papa, que ce n'est pas la fin.

samedi, 22 mai 2010

Aéronefs bios

Après notre prise conscience des changements désastreux que le dérèglement climatique commence à imposer à notre environnement physique, nous avons commencé notre combat contre les émissions de gaz à effet de serre.

Celui-ci a commencé par la réduction de nos rejets liés à notre comportement de consommateur, mais comme nous estimons que cela ne suffit pas, nous avons décidé de changer d'échelle. Nous sommes passé de consom'acteur à produc'acteur en devenant agriculteur, ce qui nous permet de continuer d'agir sur nos propres émissions, mais aussi de préserver la terre que nous cultivons tout en cherchant à influer sur l'économie locale.

Naturellement, l'exploitation agricole que nous mettons en place est basée sur une production fermière (petites productions diversifiées en vente directe) respectant l'environnement. Nous sommes donc certifié Bio et je m'investi dans le syndicat des agrobiologistes, ce qui m'a valu d'être contacté par mes pairs pour promouvoir les produits bio locaux à la "fête européenne de l'aviation légère".

Certainement pour soutenir le développement d'aéronefs bios...

vendredi, 26 mars 2010

Aude a la joie

Quand nous avons réalisé, en 2003, que l'Homme n'était pas au dessus des lois de la physique* et que nous avons entamé, quelques mois plus tard, ce long chemin de remise en question qui nous a conduit à devenir fermier, nous ne pensions pas être aussi seuls.

Naturellement, nos personnalités entrent en jeux et il est indéniable que nous sommes plutôt des personnes réservées, privilégiant la vie familiale aux relations sociales. Facteur aggravant, notre interprétation de la gravité et de l'urgence de la situation ne nous permet pas de nous retrouver dans la mouvance du "développement durable", 2 termes que nous considérons comme antinomiques.

Quelles qu'en soient les raisons, nous nous trouvons bien solitaires pour nous débattre avec un quotidien pesant qui n'a de cesse de détruire nos repères. Aussi apprécions-nous à sa juste mesure la quinzaine de jours qu'Aude nous a consacrée, répandant sa gentillesse et sa bonne humeur comme un parfum sous couvert d'une découverte de la vie fermière.

La saison n'était pas très avancée et le froid encore vif, mais nous espérons que les quelques travaux agricoles que nous avons pu réaliser ensemble lui seront profitables. Pour notre part, sa compagnie nous a permit de vivre ces quelques jours différemment et nous espérons que nous aurons l'occasion de l'accueillir de nouveau. Surtout si elle et ses amis, fringants représentant de la nouvelle génération, souhaitent nous faire participer à la création du nouveau monde qu'ils vont créer.

En attendant, comme nous avons eu la chance que les premières naissances se déroulent en sa présence, nous avons choisi de donner son prénom à la première chevrette de notre troupeau : Aude.

* : la canicule de 2003 a tué plusieurs milliers de personnes en Europe.

mardi, 9 février 2010

De la Bio à la planète

Comme les travaux agricoles sont quand même relativement limités en période hivernal, les différents OPA (Organismes Professionnels Agricoles) en profitent pour proposer leurs services. L'exploitant un peu motivé à donc tout le loisir de participer à des actions de formation ou de s'investir dans les activités de son choix.

Pour ma part, j'ai décidé de m'impliquer dans le monde agricole Bio et j'ai profité de l'AG (Assemblé Générale) du GABSEL (Groupement des Agriculteurs Biologiques de Saône Et Loire) pour devenir Administrateur. Je vais donc participer à "l'étude, le développement et la défense des intérêts économiques, matériels et sociaux de la profession d'agriculteurs biologiques".

N'étant pas spécialement porté sur la politique*, je laisserai la partie syndicale à mes coéquipiers pour me concentrer sur la dynamisation de la communauté locale, encore largement apathique. J'espère, en effet, y trouver le terreau qui accueillera les racines d'une société non basée sur le consumérisme.

Mais la route est encore longue, car je ne suis pas du milieu, et semée d'embuches, car le développement à "marche forcée" de la Bio s'accompagnera forcément d'industrialisation capitalistique, aussi il me faut croire que j'aurai la chance d'obtenir le soutien de quelques agriculteurs, voir de quelques citoyens...

* Politique : relatif à l'État, à ces affaires et à leur conduite.

mardi, 5 janvier 2010

Vœux 2010

C'est avec un plaisir certain que Laurence et moi même venons vous présenter nos meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2010. Nous espérons que celle-ci vous a trouvé en bonne santé et avec des projets plein la tête ! Puisque que les premières années du XXIe siècle sont maintenant largement derrières nous, il est plus que temps que nous relevions enfin les défis que celui-ci nous impose.

De notre côté, notre ferme nous permet de retrouver le plaisir des choses simples, comme celui de rejoindre une pièce éclairée et chauffée quand la nuit et le froid hivernal vous entoure. Être privé d'un confort que beaucoup qualifieraient d'indispensable permet de se souvenir que rien n'est jamais acquis et que la bulle technologique qui nous protège des petits désagréments de notre biotope est bien mince.

Et comme celle-ci se fendille sous l'effet conjugué de la disparition de nos ressources énergétiques et de la transformation inéluctable du climat terrestre, nous serons bien inspirés de doter notre exploitation d'outils rustiques et sobres. Cultiver sans utiliser de produits chimiques et en minimisant l'emploi des énergies fossiles ne semble pas aller de soi dans notre monde occidental, mais c'est pourtant le quotidien de bien des agriculteurs à travers le monde.

Est-ce revenir en arrière que de chercher à s'adapter au futur ? Est-ce complètement stupide que de chercher à partager ses ressources avec ses enfants ? Est-ce totalement impossible de dissocier nécessaire et superflu, bonheur et divertissement ?

Alors que l'échec total du sommet de Copenhague nous montre que la destruction de notre biosphère est encore loin d'être la priorité de l'électorat de nos représentants politiques, il ne me reste plus qu'à souhaiter que celle nouvelle décennie ne nous réveillera pas trop brutalement.

samedi, 19 décembre 2009

Copenhague

Alors que le sommet de Copenhague vient de nous démontrer que la grande majorité des hommes n'a toujours pas pris la mesure des périls climatiques qui nous attendent, il me semble important de réagir en créant cette nouvelle rubrique.

Pourtant, à l'heure où j'écris ces quelques lignes, je dois avouer que je ne sais pas encore comment je vais organiser celle-ci. Il faut dire que j'ai déjà réalisé, il y a maintenant plus de 5 ans, un dossier conséquent sur le dérèglement climatique et que j'estime en avoir assez fait. Ceci dit, ne pas réagir publiquement à la catastrophe que nous venons de vivre alors que j'en ai la possibilité, même modeste, me donnerai l'impression de ne pas aller au bout de mon combat...