Il est temps de donner l'épilogue de notre première grande plantation...
A la mi-février, j'avais donc décidé que mon premier semis serait de la féverole [Il faut toujours un début...], et qu'il me restait jusqu'au 15 mars pour mettre les graines en terre [références techniques Féveroles].
L'hiver étant ce qu'il est -les terres étaient soit gelées, soit détrempées, autrement dit impraticables- cela m'a laisser le temps de trouver les semences, ainsi que l'agriculteur qui nous fera la récolte aux environs de la mi-août. Heureusement, début mars, le vent s'est mis à la bise (vent du nord) et a suffisamment séché les sols pour que je tente une incursion le 9. Et comme Aude, une amie de Laurence qui cherche à travailler en maraîchage, était chez nous pour quelques jours, je l'ai emmené avec moi pour attaquer le déchaumage*.
Après une petite heure, nous étions rassurés : la terre était capable de porter le tracteur. Retour le lendemain avec quelques moellons pour alourdir le cover-crop [outils à disques] -moellons que j'ai fini par déposer sur le bord du champ car ils avaient trop tendance à glisser et à venir bloquer la rotation des disques- pour une nouvelle séance d'environ 2 heures**.
Au final, la terre est découpée mais il reste de jeunes poussent d'herbes. Et ne parlons pas des restes des épis de maïs ! Mais le plus ennuyeux, à mon sens, c'est que nous ne pénétrons pas assez le sol (les graines de féveroles doivent être enterrées à au moins 5 cm). Je refais donc un passage de 3h le 13, en ayant écarté au maximum les bras de l'engin et en augmentant sensiblement la vitesse de traction, comme me l'a conseillé Yves, mon mécano fétiche.
Du coup, la terre est nettement plus découpée, ce qui semble solutionner l'herbe, mais n'améliore pas la profondeur de travail. Il faudra que je trouve un système de lestage plus efficace si je veux améliorer la chose...
Le temps se maintenant, je me résous à labourer une partie du champ, histoire de pouvoir comparer les 2 modes de culture. Après le premier sillon, je m'aperçois que l'axe de verrouillage des socs s'est rompu (certainement lors du déplacement, pendant lequel la charrue n'aurai pas dû être armée) et que je ne peux plus les inverser !
Du coup, me voilà obligé de changer de méthode de travail et de réaliser un labour en planche. Autrement dit, au lieu de faire des allers et retours sur le même sillon, il faut attaquer aux 2 extrémités et "tourner au tour" de la surface, le travail se terminant au centre. La difficulté apparait quand la forme du champ n'est pas rectangulaire et que les sillons se rencontrent de manière non parallèle au centre : à partir de là, c'est le chaos, le tracteur pouvant se retrouver épisodiquement "à cheval" sur la bande de terre restante ou au contraire retravailler un espace déjà retourné...
Du côté du semoir, j'avais eu quelques interrogations. L'idée était d'utiliser mon semoir de précision de maraîcher (les graines sont prises une à une grâce à des disques possédant des encoches adaptées en taille), mais je n'avais pas réalisé que l'on ne pouvait pas régler la distance inter-rang, les semoirs étant soudés au rail de traction. Je devais donc choisir entre tirer 4 rangs séparés de 25cm, ou 2 à 75cm (en n'utilisant pas les 2 semoirs centraux).
25cm ne permettant pas le binage ultérieur de la culture (trop de chance de couper les pieds de féverole), j'ai opté pour 75cm bien que nous soyons, dans ce cas là, dans la problématique inverse : trop d'espace implique moins d'étouffement des mauvaises herbes par la culture privilégiée et beaucoup plus de surface à sarcler pour l'agriculteur. Le moins mauvais choix étant fait, le semoir était nettoyé, graissé et attelé le 15 au matin.
Mes essais de traction sur béton m'avaient permis de choisir la taille des pignons pour obtenir la bonne densité de graines au m² et il ne me restait plus qu'à décider comment transporter mes 125kg de semences jusqu'au champ. J'optais pour un empilage à la débrouille des 5 sacs sur le tracteur et le semoir pour être le plus tôt possible sur place.
Malheureusement, je n'ai pas eu le temps d'attendre la parcelle que les soudures d'un des semoirs cédaient, m'obligeant à abandonner temporairement une partie de mon chargement. Le semoir perdu étant un des 2 non utilisés, un aller-retour plus tard, j'attaquais le semis.
Nouveau déboire : les roues servant à entrainer le mécanisme de distribution des graines ne tournent pas. Il est vrai que la surface est beaucoup moins plane et beaucoup plus "motteuse" que ma surface d'essai en béton, mais quand même. J'essaye d'augmenter la pression sur les roues en enfonçant plus l'engin mais les mottes font sauter la chaîne d'entrainement...
Après différents essais, tout aussi infructueux, le démontage du cache des pignons me fait comprendre qu'un des semoirs se bloque à chaque tour de roue, ce qui me décide à abandonner la partie (je ne vais quand même pas faire des inter-rangs d'un mètre cinquante !). Le temps de rentrer, de perdre un second semoir pendant le trajet, de revenir en Boxer pour récupérer sacs de graines et semoirs dessoudés, et je peux enfin me défouler sur ma tendre et chère épouse.
Il y a des jours où l'ambiance n'est pas euphorique...
2 jours plus tard, le 17, j'ai enfin réussi à semer ma féverole en utilisant un semoir à céréales (les graines sont nettement plus petites) que j'avais acquis quelques jours plus tôt (merci Philippe !). Après un nettoyage rapide, quelques réglages et des essais de densité, ce semoir ancestral (à la base, il était tiré par un cheval) s'est encore une fois acquitté de sa tâche avec brio.
En conclusion, d'après la surface recouverte, je pense que la densité de semis est bonne. Pour la profondeur, cela doit être à peu près correcte sur la zone labourée, mais nettement insuffisant sur celle simplement "disquée". Le problème ne provenant d'ailleurs pas spécialement de la dureté du sol mais plutôt des résidus de la culture précédente qui ne sont pas enfouis et qui ont tendance, en s'accumulant sous le semoir, à soulever celui-ci.
La zone non labourée cumule donc les handicaps (semis peu profond sur une terre compacte) mais nous allons laisser le temps à Dame Nature et nous ferons un point à la récolte...
* déchaumage : opération superficielle de préparation du sol qui consiste à arracher et enfouir les plantes levées, les graines tombées au sol et les chaumes d'une jachère, d'une friche, d'une culture
intermédiaire ou de la culture précédente.
* je donne des temps de travail au champ, ce qui masque donc la préparation et le déplacement du matériel, pour une surface d'environ 90 ares (9000m²). Mon tracteur est un Massey Fergusson 158 des années 70, d'une puissance de 58ch (à l'origine !), 2 roues motrices (je suis monté en roues étroites, ce qui n'aide pas à la traction), et comme je débute, je ne suis pas un fana de la vitesse...